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Justice & Réconciliation

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, Autres(Partie I),

 

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Impulsion:

Kabgayi, juin 1994. Vénuste Linguyeneza est Recteur du Philosophicum, quand l’armée du FPR prend le site de Kabgayi le 2 juin 1994. L’ancien Vicaire général du diocèse de Butare est acheminé ensemble avec d’autres prêtres, religieux, religieuses et fidèles à Byimana, au moment où les trois évêques, Vincent, Thaddée et Joseph et tout le staff du diocèse de Kabgayi sont conduits à Ruhango où ils furent gardés chez un particulier près de la maison communale. Au moment où beaucoup d’autres prisonniers ligotés par les soldats du FPR furent passés par les armes en présence des évêques et des prêtres dans la matinée du 5 juin, le sort des « banyakiriziya » , comme les nommaient les soldats rebelles, n’est pas encore scellé. Le soldats chuchotent qu’ils attendent encore les ordres d’en haut. Le dimanche du 5 juin était la Fête-Dieu, appelée aussi Fête du précieux sang. Le groupe de Ruhango(des évêques) est conduit tôt le matin au noviciat des frères josephites à Gakurazo et c’est là que les victimes concélébrèrent leur dernière messe. Dans la soirée de ce même jour, tout le groupe du noviciat des Josephites(dont les trois évêques) est réuni dans le réfectoire où les soldats du FPR prétextent(comme il le font toujours quand ils ont des assassinats en vue) de leur parler de leur séjour et de leur sécurité. Les soldats s’énervant de ne pas trouver Mgr Nsengiyumva dans le groupe et qui à ce moment là priait dans la chapelle, puis ils exigent qu’on aille le quérir. Entre temps les responsables militaires s’éclipsent, laissant entrer leurs subordonnés tout enragés et qui criblent de balles tout le groupe.  Par miracle, Linguyeneza se trouve dans  le groupe resté à Byimana(Paroisse) , lequel, après avoir essuyé plusieurs menaces d’assassinat, on ne sait par quelle chance, est épargné. C’est alors Linguyeneza qui prendra le courage, au péril de sa vie, de demander qu’il y ait sépulture pour des ecclésiastiques assassinés. Quelques mois plus tard après le drame, Linguyeneza, considéré comme le grand témoin gênant de tout ce qui s’était passé, subira des menaces qui le contraindront à l’exil en Belgique. C’est de là qu’il pourra donner son témoignage relatant le vraie version à propos de l’horrible assassinat. Étant un intellectuel de renom, il aura également la possibilité de rassembler toute la documentation sur les lettres pastorales et les autres déclarations des évêques catholiques du Rwanda entre 1956-1962. Avec ce trésor compilé dans son livre intitulé « Vérité, Justice, Charité », l’actuel Curé doyen de la Zone de Waterloo nous facilite la compréhension pour pouvoir bien interpréter l’oeuvre immense des évêques Perraudin et Bigirumwami. Si le temps nous le permet, nous allons pouvoir suivre journellement au cours de cette cinquième semaine de Carême les faits et paroles des évêques. Ce qui nous permettra de clôturer les réflexions engagées au cours de ce carême pour rendre hommage à Monseigneur Perraudin, dont l’image est depuis longtemps ternie abusivement par les fauteurs de troubles. Tout en espérant que ce travail de réflexion pourra toucher sa fin avec le dimanche des rameaux, nous pouvons déjà nous y permettre l’avant goût en passant en revue les points principaux de la présentation que Vénuste Linguyeneza fait à son ouvrage-recueil: « Vérité, Justice, Charité »(320 pages):
« (…) l’ouvrage est une compilation des textes écrits et diffusés pendant une des périodes de crises de l’histoire du Rwanda, la période de 1956-1962. Ces textes ont été publiés par la hiérarchie catholique de l’époque. Ils ne sont pas suffisamment connus, si ce n’est par de (trop) brèves citations à travers une critique qui ne fut pas toujours objective. Il fallait les mettre, dans leur intégralité et dans leur chronologie, à la disposition des rwandais d’aujourd’hui et de ceux qui s’intéressent à l’histoire et à l’actualité toujours dramatique de ce pays(…) »

Pourquoi avoir entrepris cette collecte de textes? C’est que je suis convaincu qu’il y a un besoin de savoir ce qui s’est réellement passé et qui s’est réellement dit ou écrit. Or ma conviction est que la réconciliation nationale ne sera possible que si les rwandais se réconcilient avec leur histoire. C’est ce que j’écrivais dans un article qui a paru en février 1995 et qui a été ma première expression de ce souci de l’histoire, de ce besoin de faire mémoire, mais une mémoire qui porte sur ce qui est rigoureusement vrai, authentique et complet:

« Que le peuple se calme donc pour faire une analyse objective de ce qui s’est passé, depuis qu’il y a des divisions ethniques au Rwanda. S’il y a une réconciliation à opérer au Rwanda, j’aime dire qu’il faut se réconcilier avec l’histoire(d’ abord)… Malheureusement chez nous, l’histoire n’est pas la mémoire du peuple. Les « grands » ont toujours fait des distorsions graves à l’histoire pour les plier à leur idéologies. La tendance étant de démolir, d’effacer l’histoire(. ..). On diabolise toujours les prédécesseurs. Duhora mu bishya nk’ababaji: tout est toujours à recommencer. Personne n’a rien fait de bon, sauf celui qui fait l’éloge de son propre messianisme. Avec cela, comment jamais avoir une culture et une conscience de la vérité, de l’authentique? Comment faire respecter les institutions de l’Etat, et le bien commun et le vrai patriotisme qui doit être au-dessus des « messies » et leurs factions? Comment avec cela mettre à la disposition du peuple, des critères pour porter un jugement serein sur les événements, pour apprécier le réel à sa juste valeur? Comment faire l’éducation du peuple sans laquelle le peuple n’agira toujours que sous la poussée du réflexe ethnique et de cette haine viscérale que savent inoculer et alimenter les hommes politiques?
Réconcilié avec l’histoire, le peuple pourra assumer l’histoire.( …)(in Urunana n° 81, 28° année(février 1995), pp 13-15)

C’est ce souci de l’histoire qui m’a déterminé à chercher les témoins de première main de notre histoire. A cette fin, j’ai cherché les documents écrits. Non seulement parce que beaucoup de témoins oculaires ont péri, spécialement lors du génocide de 1994, mais surtout parce que les textes de l’époque présentent le mérite d’avoir été écrit à chaud: la mémoire du témoin oculaire peut défaillir avec le temps, le témoins peut subir diverses influences, tandis que le texte reste le même(« scripta manent »). Je me suis donc mis à la recherche des textes d’une époque que nous connaissons mal à cause des rumeurs persistantes et des propagandes de tout bord. Des documents écrits, rigoureusement historiques, existent encore fort heureusement, documents qu’il fallait d’abord sauver en les publiant.(.. .)

On pourrait se demander pourquoi précisément des documents de la période 1956-1962. A mon sens, c’est là bien une période charnière de notre histoire nationale, c’est un tournant. C’est l’époque d’un grand bouleversement que certains appellent le révolution sociale, mais que d’autres prennent pour une grande catastrophe politique! Nul n’ignore que c’est c’est à cette époque que tout bouillonne le plus. On écrit des articles, des débats sont menés au Conseil Supérieur du pays, on discute dans les bureaux, on s’échauffe sur les collines…La tutelle s’en inquiète, l’onu s’en mêle, les deux blocs de la guerre froide prennent partie…C’est l’époque des prises de paroles dans l’arène politique. C’est pratiquement l’époque où tout commence à déraper et à se gâter selon le point de vue de certains, tandis que pour d’autres, ce fut l’époque d’une extraordinaire avancée.(…)

L’époque de 1956-1962 ressemble étrangement à celle de 1990-1994 sous plusieurs aspects: les mêmes faux bruits persistants, les mêmes accusations, la même attitude défensive de l’Église, la même hargne à lui coller toutes sortes de responsabilité s, le même jeu de son clergé…(… ). On l’accuse(L’Église) d’avoir dérivé loin de son message évangélique. C’est(pour l’Église) le moment  de se pencher sur son passé, avec courage et lucidité, et d’examiner sans complaisance, l’enseignement qu’elle a diffusé. C’est le moment de l’autocritique. Eh bien! qu’elle proclame haut et fort ce qu’elle a dit ou écrit de valable en ce temps-là et qui reste conforme à la doctrine à répéter « hic et nunc », à redire et réécrire « opportune et importune ». Cependant qu’elle prenne le courage pour reconnaître là où elle se serait dévoyée et fourvoyée loin du chemin. Les textes sont là. le Pape Jean Paul II n’avait-il pas dit aux évêques du Rwanda, en visite ad limina le 17 septembre 1998: « N’ayez pas peur d’affronter la réalité historique telle qu’elle est »"?(…)

(…) l’époque 1956-1962 n’est pas à isoler de toutes ces années de présence de l’Église au Rwanda. Ce ne fut pas un coup de tonnerre dans un ciel serein, pas du tout. (…)Les événements qui marquent l’histoire, se situent dans le temps, mais aussi dans l’espace. L’époque qui nous intéresse est à voir à la lumière de ce qui a suivi. On a tendance maintenant à tout expliquer par le génocide! Rétrospectivement. J’offre les textes fort antérieurs à cette tragédie, pour qui voudrait comprendre par la voie inverse.

J’inviterais le lecteur à voir le Rwanda aussi dans l’espace, dans la « géopolitique » de l’époque. La tendance serait, là aussi, de considérer le Rwanda comme un îlot séparé du reste du monde. Dans son livre « La Diplomatie pyromane », Ahamedou OULD ABDALLAH, le Représentant spécial de Secrétaire Général des Nations Unies au Burundi de novembre 1993 à octobre 1995, dit que les rwandais(et les Burubdais) sont un peu victimes de leurs 1.000 collines, en ce sens qu’à force d’avoir toujours des hautes collines devant leur nez, leur horizon est bouché! J’affirme qu’il faut un contexte mondial pour expliquer bien des faits. C’est ainsi qu’on peut comprendre les bouleversements de la période qui nous intéresse, si on ne les place pas dans le contexte de la période des indépendances, suite à la conférence de Bandoeng(juin 1955): partout dans le Tiers Monde, les élites réclamaient l’indépendance mais aussi la démocratie parce que l’autonomie seule ne suffisait pas et qu’on ne pouvait pas revenir aux structures politiques dépassés d’avant l’ère coloniale. De même on peut comprendre la doctrine prêchée dans le documents qui nous intéressent, si on ne la place pas dans le cadre général de la doctrine sociale prêchée par par les Églises des autres pays, notamment par les Églises d’Afrique.

C’est pourquoi les documents que notre hiérarchie a signés conjointement avec celle du Burundi et du Congo belge me semblent d’une importance capitale: bien des textes de chez nous sont mal compris parce qu’on ne prend pas la peine d’en étudier la genèse. Ainsi le mandement de carême 1959 de Perraudin, très souvent incriminé, ne fut qu’une application au niveau local rwandais, des principes de justice énoncés par le Ordinaires du Ruanda-Urundi en avril 1957, qui eux mêmes reprenaient ceux énoncées par les Ordinaires du Congo belge et Ruanda-Urundi le 29 juin 1956. Le mandement de Perraudin est recommandé par Bigirumwmi à la lecture et à la prédication du clergé de son diocèse(…) le Vicaire Apostolique de Bukavu, Monseigneur VAN STEEN, avait lui aussi écrit un « mandement de carême » qui portait comme titre « Charité entre races et tribus ».(… )

Le même regard qui embrasse le spatio-temporalité doit amener à bien situer les problèmes, tout en évitant de globaliser. Ainsi par exemple, pourquoi la méthode des pères blanc qui a été appliquée partout où ils ont exercé comme missionnaires, n’a pas provoqué des émeutes dans toute leur zone, si c’est vraiment cette méthode qui est à la racine des meurtres ethniques au Rwanda? Il s’agit de la méthode de s’appuyer sur le pouvoir local afin d’atteindre la population en convertissant d’abord les chefs. Ce ne sont pas les Pères blancs qui ont inventé l’ »indirect rule ». Du reste il est connu que depuis l’épître de saint Paul aux Romains, l’Église conseille de respecter l’ordre établi et l’autorité en place; ce n’est pas une raison de lui mettre sur le dos toutes les guerres de l’humanité pendant ces 2.000 ans!(…).

A l’époque, les Ordinaires du Rwanda n’étaient que deux. Bigirumwami, le premier évêque noir de l’Afrique belge et peut-être le premier évêque noir à avoir ordonné évêque un européen, Perraudin, qui deviendra cependant son archevêque. Bigirumwami dit(…) ne pas connaître son ethnie avec exactitude: l’on sait qu’il est du clan des bagesera, mais de la lignée princière, parce que c’est sa famille qui avait détenu le tambour du royaume du Bugesera avant qu’il ne soit annexé par le Rwanda des Banyiginya. LINDEN parle de lui comme un modéré qui était entouré par un clergé tutsi fort extrémiste. Dans les lettres qu’il a rédigées pendant la période qui nous intéresse, il garde les mêmes positions tenues avec son confrère Perraudin, mais de témoins en temps, le lecteur remarquera que Bigirumwami a des expressions plus osées que l’évêque de Kabgayi; après 1959 cependant, selon Linden, il adopte un ton plus modéré.

Le deuxième évêque du Rwanda de l’époque(mais premier dans la hiérarchie) est Perraudin. Il est suisse: ce qui n’est pas peu dire. Je soulignerais volontiers le fait qu’il est suisse, parce qu’il est indépendant, et qu’il est capable de prendre des positions tout à fait personnelles. N’étant pas munyarwanda, il n’est ni hutu, ni tutsi, ni twa: aucune influence quelconque ne pouvait l’atteindre, surtout qu’il est blanc et par-dessus le marché, il est au sommet de la hiérarchie catholique du pays. Il n’est pas belge pour être tenté de veiller aux intérêts de la tutelle. Il est suisse avec la tradition de neutralité de la suisse que l’on connaît. On sait que les propos qu’il a tenus dans ses écrits, sont en grande cohérence avec le cours qu’il donnait au grand séminaire de Nyakibanda avant son élection à l’épiscopat: il y a enseigné la doctrine sociale de l’Église, un cours qui était une grande nouveauté dans les universités et instituts supérieurs catholiques. C’est un autre signe de temps concernant les grands changements dans l’Église même: on enseignait et on exhortait à enseigner les droits de l’homme que l’Église avait pratiquement boudé depuis la révolution français, après les avoir prêchés avant cette dernière.

On a tenté d’opposer les points de vue de deux prélats, surtout en attribuant la responsabilité des troubles et de la révolution au mandement du carême 1959 de Perraudin. Je laisse le lecteur, maintenant qu’il dispose de textes, lire les textes en les comparant. Qu’il me permette d’attirer l’attention sur l’article de Bigirumwami du 15 avril 1958 dans Kinymateka(. ..): ce texte reprend le discours que l’évêque a pris la peine répéter dans toutes les paroisses, lors d’une tournée à travers son vicariat; il s’adressait aux chefs pour leur parler des réformes désormais incontournables( …) le texte utilise le mot français « révolution » dans un texte kinyarwanda; il signale tous les griefs du petit peuple; à l’accusation que l’Église fait la sédition, il répond en exhortant tous les postes de missions à s’engager résolument dans la voie de la justice, et si on les accuse, eh bien, dit-il, « nta gahinda », c’est-à-dire sans regret et sans remords! Ce texte vient une année avant le fameux mandement de carême de Perraudin, que Bigirumwami va recommander à ses prêtres dans sa lettre du 10 mars 1959, en leur demandant de le lire deux dimanches de suite et de prêcher la charité selon le dit mandement.

Loin de moi de vouloir disculper Perraudin pour inculper Bigirumwami. Aucun des deux évêques n’a prêché la révolution, ni l’un ni l’autre, mais ils ont signés des textes, parfois conjointement, pour signaler que le moment était critique et demander le courage des réformes. Ce que les textes mettenet en évidence, c’est que les deux prélats ont eu la même analyse et tenu le même langage en substance. Pourtant une question demeure: pourquoi l’un a-t-il suscité plus d’animosité que l’autre? Est-ce la solidarité ethnique qui a joué? Est-ce parce qu’on admettait pas que l’européen dise quoi que ce soit, ou est-ce parce qu’il a parlé au moment hautement explosif?

Pourquoi les deux prélats, ont-ils pris la parole? Une opinion a affirmé qu’ils avaient l’intention de nuire, de diviser le peuple rwandais. Au lecteur d’en juger sans faire des procès d’intention. (…)

Il y en a qui donnent tort à l’Église pour avoir attiré l’attention sur les inégalités sociales. Pour eux, la société traditionnelle, la monarchie nyinginya avait créé une « harmonie » qui aurait été sabotée par les prises de positions de l’Église catholique. Mais idéaliser un système politique de cette façon me semble tenir de la démagogie, de l’idéologie. Il n’ y a pas de roses sans épines, chaque médaille a son revers. Quand on pense au système d’ »Ubuhake », un système de « protection » , avec ses ramifications telles que personne n’ y échappait, où personne ne valait pas ses mérites, on ne voit pas ce que serait cette perfection de la monarchie de Mutara Rudahigwa! Quand on consulte le statistiques qui montrent, chiffres à l’appui, que tous les chefs étaient tutsi(eux qui sont une minorité dans la population), on ne peut que comprendre la frustration des autres. Du reste, la contestation viendra des tutsi eux-mêmes, ceux qui avaient fréquenté l’école qui se demandaient pourquoi les hautes fonctions revenaient à ceux qui ne vantaient que leur naissance, alors qu’ils se révélaient incapables au banc de l’école et dans l’administration. Il faut accepter qu’il y avait une grogne dans le peuple, et si elle s’exprimait dans les postes de missions, c’est peut-être parce que c’étaient les seuls endroits où on parlait justice et vérité.

L’Église ne pouvait pas continuer à cautionner les injustices qui devenaient de plus en plus flagrantes à mesure qu’une partie de la population, les « évolués » ne se gênaient plus pour les dénoncer. MUVARA a bien résumé le dilemme dans lequel l’Église vivait et duquel il devait sortir:

« L’enjeu posé est de savoir pourquoi l’Église qui, auparavant défendait l’ordre établi, se met brusquement à le contester? L’Église comme corps social peut jouer deux rôles face à l’état: a) Le rôle de contestation: L’Église conteste l’ordre établi par l’institution étatique. b) Le rôle d’intégration: l’Église donne son aval idéologique à l’ordre établi par l’institution étatique. Entre les deux rôles l’Église ne peut pas être neutre. Elle s’engage toujours soit comme contestataire soit comme impératrice. Une tierce position est exclue. A L’orée des changements socio-politiques de 1959 l’Église modifie sa position: d’integratrice qu’elle était, elle passe à la contestation de la monarchie des banyiginya. » (…)

Est-ce que c’était le moment de le faire? Certains ont prétendu que l’Église a senti le vent tourner. Quoi qu’il en soit, il le fallait, on n’avait que trop traîné. Soit pour être dans la ligne de l’évangile qui affirme l’égale dignité des enfants de Dieu, soit pour résoudre cette distorsion entre la théorie et la praxis de l’Église d’alors, soit par opportunité politique… Savoir lire les signes des temps!(…)

Source: Vénuste Linguyeneza, Vérité, Justice, Charité, Linguyeneza éditeur, Waterloo 2001.(pp 3-26)

Théophile.

 

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