Accueil Société Histoire Réaction sur les considérations générales de Thaddée Bagaragaza à propos des événements de 1961 au Rwanda.

Réaction sur les considérations générales de Thaddée Bagaragaza à propos des événements de 1961 au Rwanda.

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Réaction sur les considérations générales de Thaddée Bagaragaza à propos des événements de 1961 au Rwanda.

 

 

En date du 2 mars 2011, Monsieur Thaddée Bagaragaza, ancien ministre et certainement l’un des grands intellectuels qu’ait connu le Rwanda, a publié un article dans lequel il déclare ses considérations sur des grands événements qui ont marqué le pays au cours l’année décisive de 1961. Il est très probable qu’il y ait plusieurs personnalités bien connues au Rwanda répondant au nom de Thaddée Bagaragaza. Mais la particularité de l’auteur de l’article cité, c’est qu’il fut un homme politique, sûrement l’un des plus expérimentés encore en vie et qui ont servi la république rwandaise depuis sa naissance jusqu’à la conquête du pays par les anciens réfugiés en 1994. Réunis au sein de leur mouvement de libération, le FPR, les anciens réfugiés de 1959 prétendaient ne pas trouver leur place dans la république qu’ont servi de toute leur énergie Bagaragaza et ses compagnons de lutte. Donc la république que défend Mr Bagaragaza dans son article et dont il vante les débuts quasi héroïques, est loin d’être consensuelle, au point d’être reconnue par toutes les composantes du peuple rwandais.

 

Par ailleurs, le nom de Bagaragaza fut évoqué aussi souvent dans les annales de la république, -du moins avant l’année cruciale de 1990 qui concorde avec le déclanchement de la guerre par le FPR, comme la marque d’une des personnalités qui ont contribué à la réalisation des progrès palpables pour le pays surtout en matière d’éducation. Thaddée Bagaragaza, comme c’est le cas pour feu Pierre Claver Mutemberezi, est sans aucun doute l’un des artisans de la légendaire qualité de formation dispensée dans les écoles rwandaises, si bien que le pays fut souvent classé dans les premiers, sinon le meilleur dans toute la région dans le domaine éducationnel. Si donc Monsieur Bagaragaza aborde le thème sur la république rwandaise, il sait de quoi il parle, en tout cas plus que quiconque aborderait le sujet, ayant été lui même acteur sur la scène politique.

 

Pourtant bien que la parole avisée d’une personnalité comme Bagaragaza revête d’une autorité incontestable, il suffirait de lire son article avec un sens critique, pour constater que les inexactitudes règnent malgré que le récit raconté respecte en général les règles de l’objectivité. Il serait par conséquent incongrue d’accepter sans jugement les thèses avancées par l’homme politique, tant les idées reçues reproduites et qui condamnent sans discernement par exemple l’action du roi Kigeli V à cette époque là ne peuvent pas passent inaperçues.

 

Le peuple rwandais, comme d’ailleurs beaucoup d’autres peuples dans le monde, a tendance à prendre pour vérité, toute ce que l’autorité publique lui présente comme version à adopter. Peu des personnes sont à mesure de résister aux manoeuvres de manipulation, lorsque les autorités recourent à ce moyen pour parvenir à leurs fins. Aussi une personnalité vénérée aujourd’hui peut-elle devenir honnie demain. C’est la réaction de tout peuple affronté à la peur pour sa survie. Or il y eut un temps où le pouvoir colonial, confrontée à ses propres difficultés, dut se résoudre à se débarrasser de pouvoir traditionnel au Rwanda, celui qui ne lui ayant pas apparemment facilité la tâche dans la réalisation de ses projets dans la sous région. Le sort a fait que cette volonté d’en découdre avec le pouvoir traditionnel, sur lequel le pouvoir colonial s’était pourtant longtemps appuyé de par le passé, devait coïncider avec les revendications des leaders hutus qui réclamaient plus de dignité, de partage et d’équité dans la gestion de la chose publique. Le pouvoir colonial, tout en ignorant qu’il avait contribué à l’instauration de cet état de situation, préféra changer son fusils d’épaule. Le temps était donc venu de se pencher sur la misère de la masse populaire et de s’appuyer donc sur les Hutus, en vue de sauvegarder les intérêts dans la région. L’offre que les Hutus n’étaient pas bien sûr disposés à refuser, eux qui avaient particulièrement souffert sous le joug du colonialisme, celui-ci ayant utilisé le tutsi pour réaliser ses visées de domination.

 

Pour les Hutu qui nourrissaient effectivement des ressentiments contre leurs compatriotes tutsis ayant servi d’instruments pour la colonisation‚ l’appui du pouvoir colonial pour leur libération apparaît à première vue comme providentiel. Pourtant, l’anéantissement des valeurs traditionnelles qui s’en est suivi, allait entraîner la déchirure du tissu social. Le pays accéda à l’indépendance sans qu’on tienne compte de la vraie identité nationale et les leaders hutus ne surent pas comment prévenir et puis gérer la situation occasionnée par des divisions dans la société.

 

1. La fin de la monarchie et les débuts de la république.

 

Si le pouvoir colonial a manifesté au départ la volonté d’en découdre avec le pouvoir traditionnel, ce ne fut pas du tout le cas pour les leaders hutu, qui étaient plutôt favorables à la monarchie constitutionnelle. Tous les témoignages concordant affirment que Kayibanda et ses compagnons ne voulaient qu’un système qui puisse permettre à tout le monde d’avoir le droit de participer à la gestion de la chose publique. Les leaders s’étaient d’ailleurs montrés assez réticents quant à oser le système républicain, ce qu’ils trouvaient prématurés comme nous le montre ce texte de Jean Paul Harroy:

« C’est le 9 octobre [1959] qu’après quelques difficultés, le Mwami Kigeri V prêta son serment d’investiture à Kigali en présence du Vice-Gouverneur Général et de 27 membres du Conseil Supérieur du Pays. Il avait exigé au préalable que, dans la formule du serment, il soit fait mention de sa nouvelle qualité de mwami constitutionnel » (Rapport de la Commission d’Enquête 1960, no 39, p. 38).

« Peu après la désignation de Kigeri, je rencontrais à Kabgayi les dirigeants du principal mouvement hutu. Leur président, Grégoire Kayibanda, se montra accessible à mes argumentations. Il était prématuré de risquer la carte « république ». Et la personnalité de Kigeri permet que les Hutu attendent et le jugent à ses actes avant de reprendre leur attitude méfiante envers l’institution monarchique ruandaise » (Harroy, note du 3 août 1959).

[…]  « Il fut décidé que le nouveau Mwami devait rapidement prendre contact avec tous les territoires du Ruanda. … des indices sérieux nous permettaient donc d’espérer que le nom de règne, Kigeri, qui avait été donné au  nouveau mwami, n’allait pas répondre aux prescrits de la coutume, qui destinait les Kigeri à être des rois guerriers » (Harroy, 1984, p 281).

 

 

Même si les leaders hutus ont dû un certain temps penser que l’institution monarchique devenait un handicap à leur émancipation, la main invisible du pouvoir colonial travaillait d’arrache pied pour se débarrasser de l’autorité traditionnelle. Les réformes acceptables proposées par le roi Kigeli n’eurent pas la chance d’aboutir, d’un coté de par la décision de la métropole d’opérer des changements dans leur système d’administration indirecte, de l’autre par les responsables du parti UNAR qui voulaient instrumentaliser la royauté avec leurs démarches qui dénotaient un certain radicalisme. Tout d’abord avec la mort de Mutara III Rudahigwa dans des circonstances floues, il est devenu clair qu’un plan se cache derrière l’action du pouvoir, celui de vouloir retarder l’indépendance du pays sous des motifs non avouables. Cette volonté faire tomber le pouvoir traditionnel, sur lequel le pouvoir colonial s’était pourtant longtemps appuyé, dénote aussi cette manie de faire perdre le pays d’orientations. Non pas parce que le changements n’étaient pas nécessaires, au contraire, mais que ces changements auraient dû d’abord couper les liens avec les abus du colonialisme, et puis ensuite tenir compte de l’identité nationale, c’est-à-dire de tenir compte des valeurs positives trouvables dans le Rwanda d’avant la venue du colonialisme.

 

La royauté constitutionnelle aurait pu permettre d’empêcher la rupture avec la tradition tout en adoptant les valeurs de la modernité. Le jeune roi Kigeli V qui accéda au trône en 1959 et qui avait promis de régner en monarque constitutionnel, fut au départ un roi aimé et apprécié par le peuple. Mais en un laps de temps, sa popularité avait cédé la place carrément à un semblant de haine contre lui. Evidement Mr Bagaragaza, dans son récit, ne se donne pas la peine d’analyser ce changement brusque dans la conscience populaire, et il tire la conclusion un peu hâtive que le roi serait lui-même à l’origine de la disgrâce jetée sur lui, allant jusqu’à affirmer gratuitement que le roi prit le chemin de l’exil de son propre chef! Ce sont de telles inexactitudes ainsi que tant d’autres qui nous ont poussé à faire notre réaction, en vue de faire plus d’éclaircissements, au besoin élargir les horizons quant à la compréhension de la problématique rwandaise.

 

2. La meilleure vie d’un peuple, c’est celle qu’il veut vivre.

 

 

Le récit que nous produit Mr Bagaragaza pour décrire le contexte de l’avènement de la république rwandaise nous apparaît à première vue comme une sorte d’héritage idéologique de la part d’un témoin oculaire de ce qui s’est passée au Rwanda à cette époque. En revenant assez longuement sur la proclamation de la république rwandaise du 28 janvier 1961, ainsi que sur le referendum, le kamarampaka du 25 septembre de la même année, l’ancien ministre entend démontrer que le choix pour la république serait une réalité irrévocable, bien que largement mise en question. Selon lui, le referendum qui aurait mis fin définitivement au système monarchique, après consultation populaire, est un signe de la victoire du peuple en entier.  Bien qu’aux yeux de l’opinion, le Kamarampaka semble avoir eu une importance nettement particulière, en raison de la décision issue des urnes d’abolir la monarchie, d’après Mr Bagaragaza, les deux événements, celui du 28 janvier et celui du 25 septembre, demeurent interdépendants. Son avis est donc que sans l’un de ces événements, l’autre perdrait beaucoup en signification. Pour lui, les deux dates, celle du 28 janvier et 25 septembre devraient être célébrées comme des grandes fêtes nationales, le souhait d’ailleurs qui risque peut-être de ne jamais être exaucé sous le régime du FPR. Mr Bagaragaza arrive enfin, à l’issue des thèses par ailleurs assez argumentées, à la conclusion que le jugement rendu suite au referendum du 25 septembre 1961 serait définitif et sans appel. Le peuple a choisi, point! Sous entendu, que ceux qui ne se plient pas à ce verdict cherchent ailleurs un autre Rwanda à eux.

 

A lire le texte de l’ancien ministre, on est par ailleurs saisi par l’étonnement qu’il ne base son raisonnement sur aucune antithèse, lui qui n’ignore pas que, malgré le verdict de referendum, le problème rwandais n’a pas trouvé pour autant de solution, et que les effets néfastes des décisions à l’époque de l’indépendance se font sentir jusqu’aujourd’hui. En effet, chacun  peut être de l’avis qu’une fois un jugement est rendu, et que les protagonistes ne sont pas satisfaits, qu’il y a lieu d’envisager le recours. Une élection peut être également reprise, quand il est question de constat d’irrégularités. Certes que le verdict du peuple reste une décision inamovible à plus ou moins long terme. Cependant, l’histoire a montré que le peuple peut se prononcer à plusieurs reprises sur un même sujet, selon les époques, le but étant toujours de choisir ce qui est dans le sens de son intérêt. Heureusement d’ailleurs que Mr Bagaragaza reconnaît que si le souhait venait d’en bas, c’est-à-dire du peuple lui même, la mise à jour d’un fait historique ne serait pas exclue.

 

Il est bien évident que si une personnalité se décide à donner son avis sur un sujet qui concerne la monarchie rwandaise, les monarchistes se sentent par ce conséquent interpellés. Aussi est-il opportun de rassurer Mr Bagaragaza, qu’aucun monarchiste n’entend jusqu’ici imposer par force la monarchie au Rwandais. D’ailleurs, il a été bien expliqué que le système préconisé est bel et bien une monarchie constitutionnelle, et pas donc le système féodal fustigé de toutes les forces par les leaders de première heure de la république. Nul n’a donc avancé les idées contraires à la démocratie et aux libertés au nom de la monarchie.

 

Par ailleurs, Mr Bagaragaza ne croit pas peut-être si bien dire, quand il déclare que La meilleure vie d’un peuple, c’est celle qu’il veut vivre. Pourtant c’est la réalité, le peuple a tout le pouvoir de décision sur son destin. Voilà pourquoi nous ne cessons pas de déplorer le fait que, malgré que le peuple se soit prononcé en faveur de la république, ceux qui président aux destinées du pays ont toujours essayé de détourner les institutions pour satisfaire les intérêts particuliers, qu’ils soient d’ordre ethniques ou régionales. Jamais les promesses d’équité que garantissait l’avènement de la république n’ont été tenues, et le problème s’est aggravé particulièrement avec l’arrivée du FPR au pouvoir. Comment donc le peuple ne peut pas mettre en doute les grandes décisions du début des années 60, vu que au moins une partie de la population s’est sentie toujours frustrée dans l’exercice du pouvoir ? Hier, ce sont les Tutsi qui se sentaient défavorisés par le système républicain, et aujourd’hui ce sont les Hutu qui se retrouvent dans la même posture. A d’autres époques, ce fut la population d’une telle ou telle région qui se sentait défavorisée.

 

Le constat de l’échec de la république ne peut que donc susciter une mise en question, tant les problèmes sont toujours loin d’êtres réglés, et que les divisions interminables opposent toujours ceux qui se sentent plus républicains que d’autres. C’est ce même constat qui a poussé certains à proposer le retour aux sources, afin de se rendre compte de ce qui fut à l’origine de l’échec et essayer d’y remédier. Nul doute, l’échec est dû en grande partie à la rupture avec les bonnes valeurs traditionnelles qui préconisaient la cohabitation du peuple rwandais. Et c’est dans ce sens que certaines conclusions reprennent le constat que la république rwandaise est mal partie, tant beaucoup d’irrégularités et erreurs se sont glissées dans les décisions qui devaient définir l’avenir du Rwanda.

 

3. La révolution n’est pas terminée.

 

Beaucoup de compatriotes se sont souvent posés des questions sur ce qui pourrait motiver ceux qui proposent la royauté constitutionnelle au Rwanda comme une alternative crédible. L’une des réponses fut toujours qu’un retour aux sources s’impose à l’heure qu’il est. Cela ne suffit pas de prétendre, comme le fait Mr Bagaragaza, que le peuple rwandais fut exploité par un pouvoir féodal depuis le 15ème siècle! Une approche historique qui pourrait ignorer les effets de la colonisation sur l’aggravation des problèmes de cohabitation, serait une approche erronée.

 

Dans tous les pays africains, il y eut une époque, où un fléau dans la société s’appelait la colonisation. Les méthodes coloniales que n’avaient rien à envier au système d’apartheid, préconisaient l’exploitation des peuples colonisés par le pouvoir traditionnel interposé, ce qui fut nommé l’administration indirecte. Jamais les autorités autochtones ne purent maîtriser cette situation, tant le pouvoir de décision ne revenait pas à elles. Il serait donc erroné de penser que les peuples africains qui n’ont pas connu la féodalité comme de celle du Rwanda, se seraient quant à elles affranchi des mesures coloniales avant le temps, d’où il faudrait faire preuve de réserve quand il s’agit de condamner le pouvoir traditionnel.

 

En outre, une erreur de généralisation a inspiré les leaders de première heure, et ils ont voulu -sans mauvaises intentions certainement- considérer le mal rwandais comme ayant trait seulement à la féodalité! Par ailleurs, l’on sait que les mouvements de libération à l’époque coloniale, visaient uniquement partout ailleurs la fin de la colonisation. Les voisins du Congo, c’est un exemple, ont connu des soulèvements sanglants qui ne visaient que les colonialistes, et non pas les institutions traditionnelles. Ce n’est seulement qu’au Rwanda qu’on est arrivé à penser que le problème national était avant tout le pouvoir traditionnel. Cette injustice à l’encontre de l’histoire a fait que tous les méfaits de la colonisation soient jetés sur une catégorie du peuple, et cela n’a jamais pu être supporté par certains. C’est la raison de toutes les guerres qui n’ont pas cessé de verser le sang des enfants de la patrie.

 

L’erreur de jugement de leaders de la première heure pouvait être compréhensible, si le pouvoir colonial n’avait pas attisé à volonté les tentions et les divisions, en vue de sauvegarder ses intérêts en Afrique. Nous avons toujours démontré que si la Belgique s’est intéressée subitement sur Rwanda peu avant l’indépendance, c’était plutôt dans le but de sauver ses intérêts au Congo qu’elle était en train de perdre. Il est de notoriété que la métropole s’était toujours plainte que le Rwanda eusse été pour lui plutôt une charge, à cause de sa pauvreté en ressources naturelles, ce qui explique son peu d’intérêt à y construire des fortes infrastructures. Si la Belgique s’est impliquée davantage au Rwanda au temps où il y avait des problèmes au Congo, c’est que c’était davantage une question d’intérêts. Les résolutions des Nations Unies à cette époque que cite sommairement Mr Bagaragaza, sont claires à ce sujet.

 

Le pouvoir colonial ne s’est pas du tout efforcé de prévenir les divisions au sein du peuple rwandais, ce dont il était pourtant capable. Sinon comment expliquer que l’autorité administrante qui avait bien avant appuyé son pouvoir sur les Tutsi, a pu soudainement passer son appui au Hutu? Il y eut donc une concordance d’intérêts, un piège tendu aux leaders Hutu et dans lequel ils sont tombés. Visiblement, c’était du donnant-donnant. Comme pour dire: „Vous acceptez de retarder votre indépendance, du moment où je m’occupe des problèmes au Congo, et je vous garanti de vous délivrer du pouvoir tutsi!“. D’ailleurs, Mr Bagaragaza ne le dit pas autrement, quand il écrit ce passage à propos des conditions de collaboration avec le pouvoir colonial après le mouvement de libération de Gitarama: „S’il y a reconnaissance(des institutions issues du congres de Gitarama du 28 janvier 1961), s’ouvre la période de l’AUTONOMIE jusqu’au recouvrement de l’INDÉPENDANCE prévue pour 1962 ; S’il y a refus, le Congrès national se prononce sur le recouvrement immédiat de l’indépendance du Pays “Donc, l’ancien ministre ne nie pas qu’il existait une certaine entente entre les leaders hutus et le pouvoir colonial en ce qui concerne le retardement de l’indépendance qui avantageait la Belgique.

 

Il est temps donc que le peuple rwandais reconsidère son histoire en la dissociant de la période coloniale, celle-ci faite d’abus qu’il ne faut en aucun cas attribuer au pouvoir traditionnel. Si l’on s’entête à aborder les problèmes toujours du point de vue du soulèvement populaire qui a débuté en 1959, il y a un risque que le conflit rwandais s’enlise. C’est ce risque que nous voulons éviter en proposant une royauté constitutionnelle. Notons encore que personne n’a l’intention d’imposer par force ce système. Il s’agit plutôt de proposer au peuple le retour aux sources, et c’est ce même peuple qui pourra décider.

 

Loin de nous donc de chercher à nier que les revendications du peuple à la fin de l’époque coloniales n’aient pas été fondées. Au contraire, il y a lieu de penser que le récit de Mr Bagaragaza relate réellement des faits historiques de grande importance. Toutefois, le souci des monarchistes constitutionnels est pour eux cette volonté d’allier des bonnes aspirations à la liberté avec les bonnes valeurs trouvables dans la tradition rwandaise.

 

Le multipartisme tout comme le processus démocratique du début des années 60, était en soi une bonne chose. Il y eut la valorisation des volontés du peuple par la mise en place des organes représentatifs du même peuple. Aussi le mouvement de libération du 28 janvier 1961 tout comme le referendum du 25 septembre sont-ils  des faits justifiés, du moins dans les principes. Nul ne peut en vouloir à Kayibanda et ses compagnons d’avoir tenu toujours en compte des principes démocratiques dans toutes les décisions.

 

Néanmoins, il n’est pas non plus tendancieux de reprocher aux leaders de ne pas avoir pu déjouer le piège d’ingérence et les manipulations du pouvoir colonial. Donc, les irrégularités remarquables dans l’organisation du referendum restent condamnables. Il est anormal par exemple qu’on écarte un protagoniste du processus d’élections en vue de gagner celles-ci, et puis par après affirmer que le scrutin a été transparent. C’est ce qui est arrivé pourtant avec la décision des Belges d’écarter purement et simplement le roi Kigeli V du referendum du 25 septembre 1961. Il faut noter que si Kamarampaka s’est tenu en l’absence du roi, ce ne fut pas da sa propre volonté comme veut l’affirmer Monsieur Bagaragaza. Le roi a fait plusieurs tentatives pour revenir au pays, et les autorités de tutelle l’ont exilé de force. Ils avaient leurs raisons. En tout cas le prétexte de sécurité avancé n’est pas fondé, car le pouvoir colonial disposait d’un arsenal assez ravitaillé et les capacités techniques pour pouvoir contrecarrer toute exaction. Beaucoup d’autres récits ont d’ailleurs souvent relaté que les autorités coloniales encourageaient même les exactions dans le but de déboulonner rapidement le pouvoir traditionnel. Ce sont les mêmes autorités qui, parait-il, encourageaient même beaucoup de Tutsi à quitter le pays et s’exiler à l’étranger, en leur promettant de les aider à retourner sans trop tarder. Le pouvoir colonial avait donc chaque fois ses raisons pour chercher à diviser le peuple rwandais.

 

Conclusion.

 

Par cette intervention, je n’ai pas l’intention de démontrer que les arguments de Mr Thaddée Bagaragaza manquent de fondement. Tout comme d’ailleurs je n’ai pas l’intention de condamner les décisions des leaders politiques de première heure. Loin de moi non plus l’idée de justifier les exactions de certains partis d’obédience monarchique traditionnelle comme l’UNAR et le FPR. Ces exactions sont condamnables à plusieurs points de vue, tout comme toutes les personnes qui se seraient adonnées aux exactions contre leurs compatriotes, que ce soit les Hutu, que ce soit les Tutsi. J’aimerais tout simplement rappeler aux gens qui pensent comme Bagaragaza – et ils sont nombreux-, que la résolution du conflit rwandais exige du dépassement. Ce n’est pas parce que une partie de la population veut montrer qu’il est dans le droit chemin et qu’elle trouve justifiés les événements de 1961, que cela va régler d’office le problème rwandais. De ce point de vue, il y aurait toujours une autre partie de la population, qui démontrera par ses propres arguments que ces événements sont condamnables.

 

Il nous faut donc coûte que coûte trouver un terrain d’entente, qui aiderait les gens de bonne volonté à bâtir un projet prévoyant un meilleur avenir pour cette nation. Et puis, et surtout, il faudrait éviter d’offrir tout prétexte à ceux qui veulent exploiter le peuple pour réaliser leurs projets macabres, en profitant des faiblesses basées sur les erreurs historiques. Si la république n’a pas réussi à assurer la cohabitation du peuple rwandais, c’est qu’elle a échoué quelque part. Tant que les erreurs qui ont entraîné la république dans la déchéance ne sont pas tout à fait découvertes, il serait de plus erroné de penser que l’avenir du Rwanda ira de soi. Il nous faut apprendre de nos échecs si nous voulons réellement évoluer.

 

Théophile

 

 

 

Theo

Est-ce que le MDPR ( parti dissout en l'an 2013), aura joue un role, si minime qu'il soit, dans la comprehension du probleme rwandais et dans l'avancement pour la recherche des solutions? C'est a chacun de juger. De toutes facons, notre action n'aura pas tout a fait passe inapercu! Sans politique ou en politique, nous continuerons a lutter pour la liberte, la verite et la reconciliation, ainsi que pour l'instauration d'un etat de droit au Rwanda. Selon Sylmpedia: "Mouvement Démocratique du Peuple pour la Réconciliation (MDPR- INTIGANDA) Drapeau du MDPR Fondé le 13 Décembre 2009 par l’Abbé Théophile Murengerantwari. Ancien "titulaire" de l’Evêché de Cyangugu, exilé en Allemagne ou il a basé son mouvement issu d’une scission avec le RMC. Il soutient le retour du Roi Kigeri V et un nouveau référendum sur la question de la restauration de la monarchie. Il s’est prononcé en faveur la candidate Victoire Ingabire Umuhoza, leader du Front Démocratique Unifié (actuellement mise en résidence surveillée pour tentative de déstabilisation du pays et négation du génocide depuis Avril 2010) qui n’a pu participer à l’élection pluraliste du 9 Août 2010. Très actif, le MDPR émet régulièrement des communiqués sur son site et participe à des manifestations contre le gouvernement rwandais du Président Kagamé." http://www.sylmpedia.fr/index.php/Parti_royaliste_Rwandais

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Un commentaire

  1. Jebadu

    7 décembre, 2011 à 12:01

    Je ne suis pas pro monarchie. Mais je vis les problèmes du pays. Ceux qui disent que le peuple lui même a opté pour la république, je ne les crois pas totalement. Plutôt le peuple aurait été manipulé. et de deux cotés. Ex. lors du passage des représentants onusiens en 1961, le peuple avait des pancartes sur les quels étaient écrit: « DÉMOCRATIE D’ABORD. INDÉPENDANCE APRÈS’ mais on avait appris a la population ceci  » demokarasi y’aboro, indepandasi bure » Ces onusiens n’ont fait que lire les pancartes. Mais ne comprenaient rien de ce qui se disait. Alors, qui étaient les ABORO? que signifiait « bure »?
    Autre chose à ne pas ignorer, le bas peuple n’était pas informé sur la différence entre la royauté et la république . Seule l’élite intellectuelle pouvait le savoir. Cette élite de deux cotés antagonistes, ne lutter que pour ces propres intérêts . Malheureusement, elles n’en ont pas profité totalement ou même pas.
    Le moment est venu pour que les hommes de bonne foi, luttent pour les intérêts du peuple et non les leurs.
    Le peuple aura t-il un jour les hommes comme Gandhi , Nelson Mandela,… pour ne pas dire Jésus?

    Les hommes pour enseigner la vérité au peuple. Seule la vérité l’ affranchira.

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