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Les atouts et les faiblesses du système FPR (Dr.Joseph Ndahimana)

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Les atouts et les faiblesses du système FPR

 

 

Depuis l’avènement du FPR, début octobre 1990, ce mouvement ne cesse d’étonner les observateurs, notamment par sa capacité d’acquérir le soutien  de la communauté internationale et ainsi de se maintenir au pouvoir.  L’élément majeur de ce succès est le soutien inconditionnel que lui garantissent les USA et la Grande Bretagne.  Côté intérieur, le FPR sauvegarde jalousement le contrôle des moyens de la violence, à tel point que certains cadres supérieurs qui pourtant reconnaissent le caractère franchement dictatorial de son pouvoir se résignent à justifier ce fait accompli.  Ils vont jusqu’à affirmer qu’à leurs yeux les Rwandais sont tellement difficiles à gouverner que seul un régime à la FPR convient pour assurer la stabilité !  Ceux-là sont impressionnés par les performances des réseaux de ce pouvoir, mais ils concèdent qu’une situation pareille ne peut pas être durable.

 

  1. Les principaux atouts du système FPR

 

1.1.  La communication

 

Dès le déclenchement de la guerre en octobre 1990, le FPR a su manier les sensibilités des observateurs internationaux.  D’emblée, il a compris que personne ne pourra l’arrêter s’il est soutenu par l’unique puissance mondiale, les USA.  Durant sa lutte, il avait installé dans les principaux pays un système minimal de représentation qui, à différents égards, s’est montré plus efficace que les ambassades officielles du gouvernement qu’il combattait.  Ses principaux angles d’attaque étaient : le problème des réfugiés, l’ethnisme et en particulier l’exclusion des Tutsi par le pouvoir et l’absence de démocratie et de respect des droits de l’homme.

 

Face à ces reproches, le gouvernement d’alors et toutes ses représentations diplomatiques ont été pris au dépourvu : ils ont bégayé et se sont complus dans la multiplication d’actes de violation des droits de l’homme (arrestations massives, massacres, incapacité d’assurer la liberté de presse et d’opinion, difficulté de gérer le multipartisme en période de guerre,…). 

 

Au cours des négociations d’Arusha, le FPR faisait semblant d’être élégant, plaidant notamment pour l’Etat de droit.  Le camp en face étant crispé et divisé.  Mais, fin des fins, le FPR tablait sur un incident qui lui servirait de prétexte pour relancer la guerre et aboutir à la solution militaire. 

 

Le prétexte fut l’attentat contre l’avion du président Habyarimana dont chacun sait quelles ont été les conséquences dramatiques, dont un génocide.  Le scénario du chaos et du génocide n’a pas été dû au hasard, en tout cas pas au fait que la MINUAR a été matériellement incapable d’affronter les massacreurs ou que les USA, « traumatisés par le souvenirs de la guerre en Somali », n’ont pas voulu prendre le risque de s’engager au Rwanda pour arrêter les tueries !  Sinon, combien d’Américains meurent en Irak et en Afghanistan ?  Tout simplement, ce génocide a résulté d’un calcul qui arrangeait les extrémistes du camp pro-gouvernemental qui l’a commis, ainsi que le FPR et les puissances qui le propulsaient vers la victoire finale, dont les principaux sont les Américains.

 

1.2.  La guerre du Congo

 

Je n’ai pas l’intention de m’étendre sur cette guerre aux conséquences désastreuses notamment en termes de massacres de millions de civils innocents congolais et rwandais, de viols  et de pillages. 

 

Je soulignerais un seul aspect qui constitue le dénouement apparent actuel de ce conflit entre le Rwanda et le Congo.  Au lendemain de la publication du rapport d’une enquête commanditée par le Secrétaire Général de l’ONU fin 2008, les révélations contenues dans ce rapport ont failli entraîner le régime FPR dans des difficultés.  Ce rapport a notamment démontré que le vrai commanditaire de la guerre de l’Est du Congo était le régime de Kagame.  En d’autres termes il a confirmé qu’il s’agissait bel et bien d’une invasion du Congo par un autre pays. 

 

Suite à cela, il y a eu des gesticulations et des annonces d’une intervention militaire de l’Union Européenne ou de l’Angola sous couvert de l’ONU.  Cette intervention a pu être évitée, visiblement grâce à l’intervention de lobbies occidentaux pro-Kagame et un arrangement a été concocté avec comme résultats un accord paradoxal de paix entre Kabila et Kagame, à l’insu du parlement et de l’état major congolais (Kagame n’a jamais besoin de l’aval de personne), un simulacre d’arrestation du rebelle Laurent Nkunda et un accord d’intégration des combattants de ce dernier dans l’armée congolaise.

 

Vu de loin, cet arrangement est un succès pour le régime FPR qui s’en est tiré à bon compte face aux accusations graves contenues dans le rapport de Ban Ki-Moon.

 

1.3.  Le cas madame Kabuye Rose

 

A l’état actuel des choses, d’aucuns croient que l’arrestation de madame Kabuye Rose par l’Allemagne suivie de son transfert en France pour y répondre des accusations  de participation à l’attentat contre l’avion du président Habyarimana , n’a été qu’un arrangement mené par le ministre français Kouchner dans le but non seulement d’innocenter la concernée, mais aussi de rendre caducs les mandats d’arrêt lancés par le juge Bruguière contre 9 personnalités du FPR.

 

De ce point de vue, l’impunité serait à jamais garantie pour le président Kagame et ses autres criminels.

 

1.4.  Kaberuka Donald à la tête de la B.A .D

 

Ceux qui ont suivi de près le combat pour obtenir la désignation de monsieur Kaberuka Donald à la tête de la B.A .D témoignent que le Rwanda a dépensé au minimum 100 millions de francs rwandais, escomptant que dans cette position, le candidat rwandais sera d’un grand secours pour son pays, notamment en facilitant l’obtention de financements.  Ce serait donc un investissement précieux.

 

1.5.  Le Rwanda membre de l’E.A.C

 

L’Etat rwandais aurait également payé cher pour son acceptation comme membre de l’East African Community.  Il a compté sur le soutien obligé de l’Ouganda (Museveni ferait tout pour éviter de contrarier Kagame) et du Kenya dont le président actuel a bénéficié du soutien rwandais pour son élection.  En effet, la Tanzanie ne voulait pas du Rwanda comme membre de l’E.A.C.

 

1.6.  Tony Blair conseiller privé

 

L’ancien premier ministre britanique intervient au Rwanda comme une sorte de cabinet privé du président Kagame.  Il s’occupe personnellement entre autres de la lutte contre la corruption.

 

2. Les faiblesses du système FPR

 

2.1. Le tissu social rwandais est profondément déchiré

 

Au Rwanda, le clivage ethnique est à son comble, même s’il est officiellement interdit d’en parler.  Le président Kagame est perçu globalement comme étant dénué de tout réflexe ethnique ; ce qui devrait constituer un avantage dans le règlement des différends entre Tutsi et Hutu.  Il y aurait dans son entourage une poignée d’autres personnalités présentées comme n’étant pas sous influence de considérations ethniques. 

 

Il est vrai que Kagame a d’autres préoccupations plus dominantes que le ressentiment ethnique : il cible ceux qu’il considère comme étant opposés à sa vision des choses, quelle que soit leur appartenance ethnique.  D’ailleurs, ses ennemis les plus redoutables se retrouvent naturellement parmi les Tutsi, car ce sont ces derniers qui peuvent aspirer au renversement de son régime, les Hutu n’en ayant tout simplement pas de moyens.

 

Tout compte fait, il ne faut pas être un génie ou un devin pour comprendre que les frustrations accumulées durant des années d’une dictature ethnique qui ne dit pas son nom ne seront pas résolues uniquement par le temps.  Les sources de ces frustrations sont nombreuses : l’étouffement de la vérité sur l’ensemble des crimes commis au Rwanda surtout ceux commis par le FPR ; l’imposition d’une justice à sens unique avec des condamnations sans procès ou après des simulacres de procès, des T.I.G perçus comme symbole de l’asservissement d’une ethnie par une autre,… 

 

Quinze ans après le génocide, il existe une confusion de plus en plus croissante entre les Hutu et les génocidaires.  Quiconque est suspect de désapprouver la politique du silence sur les crimes commis par le FPR est accusé de véhiculer « l’idéologie génocidaire ».

 

2.2. La confiscation du pouvoir par un seul homme

 

Les mesures ultra-sécuritaires, l’Etat policier et l’absence de liberté d’opinion ne relèvent pas d’un génie spécial de la part des cerveaux de la dictature FPR.  Il s’agit tout simplement de réflexes de survie d’un régime hautement minoritaire.  Le système de pouvoir en place au Rwanda est basé sur la méfiance systématique.  La culture de la délation est telle que dans les sphères du pouvoir tout le monde est l’espion de tout le monde, pour le compte d’un seul homme, le président Kagame.

 

Un tel système conduit à la ruine des ressources humaines.  L’illustration de cette mauvaise gestion est la structure et le fonctionnement des cabinets ministériels et des représentations diplomatiques rwandaises.  Chaque ministre est flanqué d’un agent hiérarchiquement inférieur mais plus puissant que lui.  De même, au sein des ambassades, les ambassadeurs rendent compte au ministre des affaires étrangères et sont flanqués d’un homme puissant, généralement un militaire agent du D.M.I, qui lui rend compte directement à la présidence de la république.

 

2.3. Les mandats d’arrêt

 

La banalisation des mandats d’arrêt lancés par les juges Bruguières et Merelles est une manifestation de la stratégie de l’autruche.  Des signes objectifs ont montré que même la Belgique , considérée comme un pays peu puissant vis-à-vis de la dictature indomptable de Kagame, accorde à ces mandats toute leur importance.  Le Rwanda n’a pas de reins suffisamment solides que pour résister à l’isolement diplomatique qui est la conséquence triviale de l’existence de ces mandats.

 

2.4. Les mauvaises relations de voisinage

 

A l’instar du contentieux inter-rwandais, le contentieux causé par les conséquences de la guerre d’agression du Congo par le Rwanda n’est pas de nature à être résolu uniquement par le temps.  Il est tellement grave et profond qu’il exige qu’on s’en occupe activement, qu’on se donne des garanties qu’une telle agression ne se reproduira plus.

 

De plus, il est prévisible que c’est en connaissance de cause que la Tanzanie a manifesté sa réticence face à l’adhésion du Rwanda dans l’E.A.C.  C’est un pays mûr qui ne peut pas être dupe de la nature négative du régime du FPR.  La Tanzanie sait pertinemment que le FPR n’a pas mené une guerre de libération au Rwanda.  Elle sait que la guerre de 1990 a été une sale guerre d’occupation téléguidée par les puissances anglo-saxonnes.  De plus, vu le rôle de pion  joué par le régime de Kagame dans la déstabilisation du Congo, pour le compte des puissances occidentales, la Tanzanie se doute qu’un tel scénario  peut arriver à tous les pays frontaliers du Rwanda, et même au-delà, pour un simple désaccord entre ces pays et l’occident.

 

2.5. Le revers de l’usage d’un conseiller privé

 

Il n’est pas certain que l’entourage de Kagame voie d’un bon oeil l’intervention de Tony Blair en tant que conseiller privé du président Kagame.  Cette situation ne manque pas d’être vécue comme un appel à l’intervention d’un mercenaire, au détriment de nationaux qui s’estiment capables d’assumer les tâches dévolues à cet assistant technique.  Ces derniers se sentent ainsi dévalorisés auprès de Kagame

 

D’un autre côté, dans le propre pays de Tony Blair, les détracteurs de ce dernier peuvent entreprendre des actions qui sont de nature à contrarier le but de sa mission.  Les révélations qui fusent depuis récemment à partir de la Grande Bretagne ou des experts du Commonwealth et qui parlent de « la face cachée du FPR », affirment qu’au Rwanda « le pouvoir est ethnique », ou que les accusations d’ »idéologie génocidaire » visent ceux qui tentent de dénoncer les crimes commis par le FPR sont symptomatique d’un malaise perceptible.

 

En définitive, il ne me semble pas réaliste de se dire que le Rwanda avance.  Le moment devrait venir de prendre conscience des éléments objectifs qui démontrent que l’on construit sur du sable mouvant, afin de coûte que coûte rectifier le tir.  Sans quoi la prochaine chute sera vertigineuse.

 

Ndahimana Joseph , le 05/08/2009

Theo

Est-ce que le MDPR ( parti dissout en l'an 2013), aura joue un role, si minime qu'il soit, dans la comprehension du probleme rwandais et dans l'avancement pour la recherche des solutions? C'est a chacun de juger. De toutes facons, notre action n'aura pas tout a fait passe inapercu! Sans politique ou en politique, nous continuerons a lutter pour la liberte, la verite et la reconciliation, ainsi que pour l'instauration d'un etat de droit au Rwanda. Selon Sylmpedia: "Mouvement Démocratique du Peuple pour la Réconciliation (MDPR- INTIGANDA) Drapeau du MDPR Fondé le 13 Décembre 2009 par l’Abbé Théophile Murengerantwari. Ancien "titulaire" de l’Evêché de Cyangugu, exilé en Allemagne ou il a basé son mouvement issu d’une scission avec le RMC. Il soutient le retour du Roi Kigeri V et un nouveau référendum sur la question de la restauration de la monarchie. Il s’est prononcé en faveur la candidate Victoire Ingabire Umuhoza, leader du Front Démocratique Unifié (actuellement mise en résidence surveillée pour tentative de déstabilisation du pays et négation du génocide depuis Avril 2010) qui n’a pu participer à l’élection pluraliste du 9 Août 2010. Très actif, le MDPR émet régulièrement des communiqués sur son site et participe à des manifestations contre le gouvernement rwandais du Président Kagamé." http://www.sylmpedia.fr/index.php/Parti_royaliste_Rwandais

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