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Témoignage au Parlement Européen (Antoine Nyetera)

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Témoignage au Parlement Européen

 

 

Nyetera Antoine-Th 27.11.98
Mr. Nyetera est non seulement un Tutsi, mais aussi de la famille royale des Tutsis. Il a vecu au Rwanda durant tous les régimes qui se sont succedés au courant de ce siècle: la monarchie, Kayibanda, et Habyarimana. Il a fuit le FPR et vit en Belgique.
 

 

 

Messieurs les Ministres, Honorables membres du Parlement Européen,  

Mesdames,

Messieurs,

C’est un grand honneur pour moi de me trouver parmi vous aujourd’hui et, surtout pour y prendre la parole. Cette parole qui serait, à mon grand souhait de vous parler de la valeur de l’esprit africain manifesté à travers sa culture, comme j’ai eu l’occasion de le faire à maintes occasions.

A mon grand regret, je me vois contraint de parler du malheur africain. Il est pénible de constater que depuis quelques années déjà l’Afrique est devenue la scène sur laquelle se jouent les drames de tous genres et à la fin du XXè siècle.

C’est pour cette raison que je vous demanderais très humblement de garder une toute petite minute de silence en mémoire de toutes les victimes de ces horreurs, hommes, femmes et enfants sans distinction de nationalité, ethnies, groupes sociaux et religieux.

Excellences,

Honorables,

Mesdames

Messieurs,

Je suis invité pour rendre témoignage de certains faits relatifs aux événements dont question ci-dessus, compte tenu de mon expérience accumulée depuis quelques décennies et en diverses fonctions. Le temps me semble cependant très limité pour pouvoir parler de l’Afrique actuelle en général ou du Rwanda en particulier.

J’aurais dû vous parler du Rwanda pré-colonial, Colonial, de la Révolution sociale de 1959, du Rwanda indépendant, de la 1ère et de la IIème République et surtout de la guerre d’octobre 1990 à 1994. Le champ est très vaste. J’ai souvent constaté que les uns aiment entendre parler du passé le plus proche, des événement les plus récents et d’actualités. C’est pour cela que je me vois obligé de parler et brièvement des événements de l’Afrique des Grands-Lacs qui ont débuté au Rwanda. Je ne vous parlerai pas en tant que politicien, mais en tant que observateur, un témoin de l’histoire de mon pays.

Toutes les époques citées ci-dessus ont un lien commun entre elles, chaque époque précédente laisse les empreintes sur l’époque suivante. Tout historien serait d’accord avec moi qu’aucun peuple ne peut vivre une situation socio-politique, économique et sociale spontanée, n’ayant aucun rapport avec son passé.

Ainsi, pour aller plus vite, la situation qu’a connu le Rwanda et celle qu’il connaît aujourd’hui a un rapport direct avec son passé pré-colonial, colonial, avec la Révolution Sociale de 1959 et même avec la 1ère et la 2ème République.

Comme beaucoup d’entre vous le savent déjà, le Rwanda a eu son indépendance 2 ans après la Révolution sociale. Durant la période de la 1ère République, le pays a vécu les séquelles de la-dite révolution. Puisqu’il s’agissait du problème HUTU-TUTSI, ces derniers étaient regardés avec un oeil vigilant; car en effet, comme l’a si bien dit Mao-Tse-Tung, la révolution ne se prépare pas comme un Banquet. Une fois qu’elle commence, elle se poursuit jusqu’à son achèvement -quand elle aura atteint son objectif. C’eût été un manque d’objectivité de permettre aux Tutsi de reprendre le pouvoir qu’ils avaient monopolisé depuis plus de 3 siècles. L’histoire nous montre les exemples des pays qui ont fait la Révolution.

Bref, l’avènement de la IIè République a été le début d’une autre ère de développement d’une nation secouée par son histoire et de la conjoncture économique mondiale, une ère de développement social et culturel. Je ne crois pas nécessaire de vous parler ici du bilan des réalisations tant sociales qu’économiques depuis l’avènement de la IIè République dirigée par Habyarimana et son gouvernement. Il est très facile de lire les rapports de la Banque Mondiale et du Fond monétaire International et même les rapports de coopération entre le Rwanda et les pays d’Europe.

Il est à souligner ici, que tous les Tutsi, membres du F.P.R. ou pas, savent qu’aucun des leurs n’a jamais été objet de persécution à cause de son appartenance ethnique durant la IIème République. Et voilà qu’en octobre 1990 le Rwanda fut objet d’agression d’une armée du Front Patriotique Rwandais venant de l’Uganda et soutenue par le Président Museveni et par certains pays d’Europe et d’Amérique, en violation flagrante de la Charte des Nations Unies et de l’O.U.A.

Le Front Patriotique Rwandais est formé par un groupe de réfugiés Tutsi des années 1959 et 1972 et de quelques unités Hutu opportunistes ou qui avaient un compte à régler avec Habyarimana. Ces unités Hutu qui s’appellent “modérés” ont donné comme explication de cette attaque: “la fermeture des frontières pour les réfugiés Tutsi et la ségrégation ethnique”. Une explication très faible car elle cachait autre chose. Celui qui ne connaît pas le Rwanda croirait toujours que tous les Tutsi se trouvaient en dehors du pays, alors que 2/3 de la population des Tutsi étaient à l’intérieur du pays et 1/3 seulement se trouvaient à l’extérieur du pays.

Le rapport du Haut Commissariat aux Réfugiés a présenté le chiffre de 500.000 réfugiés Tutsi. Le recensement financé par le PNUD en 1991 dont les résultats ont été publiés par le Ministère du Plan en 1992 montre le chiffre de 1.300.000 Tutsi vivants au Rwanda. Encore une fois, ceux qui ignorent l’évolution économique du Rwanda et qui croient à la campagne médiatique selon laquelle les Tutsi n’avaient accès à rien devraient savoir que la majorité des opérateurs économiques étaient des Tutsi qui ont regagné le pays pendant la IIè République!

Dès lors, comment peut-on oser dire que le régime de la IIème République a fermé les frontières pour les réfugiés? Bien sûre que des réfugiés qui avaient la soif du pouvoir ne voulaient pas rentrer dans le pays et, ceux sont les mêmes qui empêchaient d’autres de rentrer. Bref, quelques mois après l’attaque, le F.P.R a changé de langage et adopta le mobile de la démocratie, un langage que les pays occidentaux et les Américains acceptent facilement! Et le Rwanda fut présenté comme un pays chaotique, ravagé par la dictature! J’avoue que je ne savais pas que la démocratie se nourrissait du sang humain! A ma grande surprise, la communauté internationale voyait tout cela et ne réagit pas et en guise d’approbation de l’action du F.P.R., on obligea le Rwanda à instaurer le multipartisme, faute de quoi il serait privé de toute aide! Ainsi, en deux ans le Rwanda avait déjà 17 partis politiques. Le F.P.R. resta toujours un parti de guerre.

Cela ne suffisait pas pour la communauté internationale, il fallait encore les accords d’Arusha! Le Rwanda y participa volontier, il en résulta le partage du pouvoir: 45% pour le F.P.R. dont les membres ne représentaient même pas 20% de la population totale du pays.

En janvier 1994, le Président Habyarimana signa les accords selon le protocole pour mettre en place le gouvernement de transition. Le F.P.R., malgré sa présence à Kigali, refusa de se présenter pour la mise en place du gouvernement. Et le 6 avril 1994 Habyarimana fut assassiné! Les hostilités reprennent, et la suite est bien connue avec l’interprétation qu’on a donné à ces massacres. Habyarimana fut taxé de superviseur ou initiateur du génocide qui a eu lieu après sa mort! et ses beaux-frères furent taxés de commanditaires du génocide alors que certains d’entre eux ne se trouvaient même pas sur place, l’autre étant mort dans le même avion que Habyarimana. En ce qui concerne la mort de ce dernier, certains sont allé jusqu’à dire que c’est Mme Habyarimana qui a payé les missiles qui ont abattu l’avion, d ‘autres encore accusèrent les militaires!

Le Rwanda attaqué fut frappé d’embargo, pas d’armes et pas de munitions, pendant que le F.P.R. reçevait les armes lourdes et munitions via Kampala!

Après la prise du pouvoir par le F.P.R., avant même de penser à organiser le pays éprouvé, le gouvernement de Kigali organisa l’attaque du pays voisin, le Zaïre (actuellement Congo), s’arrogeant le droit de poursuite et ainsi s’assurer la sécurité jusqu’à Kinshasa. Je vous laisse l’analyse de ce problème et vous savez où en sont les choses actuellement. Monsieur Museveni, président de l’Uganda est omniprésent dans ce conflit; la communauté européenne voit tout cela et garde le silence, le silence qui, aux yeux de tous est tacitement complice.

Ce conflit n’est pas seulement au Rwanda et au Congo, le Burundi connaît toujours le conflit ethnique depuis la mort du Président Ndadaye assassiné par les militaires Tutsi quelques mois après son investiture, et le Président Ntaryamira qui trouva la mort dans le même avion que Habyarimana. Et le Mututsi Buyoya s’autoproclame Président de la République, alors qu’il avait été évincé par les éléctions de 1993! La communauté internationale se tait toujours! A la lumière de ces faits, on peut se poser quelques questions:

1) Pour le cas rwandais, comment peut-on gommer les empreintes de la Révolution 1959, alors que ces massacres prénommés génocide ont eu lieu dans les circonstances établies plus hauts et ayant le lien directe avec ladite révolution?

2) Dans cet ordre d’idée, comment qualifier ces massacres de génocide alors que jusqu’à présent personne n’a pu établir le plan de génocide qui daterait d’avant la mort de Habyarimana? L’intensification des massacres ne prouve pas le plan préétabli.

3) Comment peut-on oublier la mort de Habyarimana qui a tout déclenché? Comment et pourquoi la communauté internationale n’a jamais pensé à mener une enquête sur la mort de deux Présidents, quand même les media nous indiquent la provenance des missiles.

4) Comment a-t-on fermé les yeux sur les massacres des réfugiés Hutu au Congo (ex-Zaire) et les massacres qui se font jour pour jour au Rwanda, alors que les rapports des O.N.G. pressants au Rwanda en parlent suffisamment?

5) Comment peut-on faire sourd d’oreille et fermer les yeux devant le régime de Kigali qui ignore délibérément toute forme de démocratie, alors que les mêmes personnes ont fait la guerre pour la démocratie d’après leurs dires?

6) Comment et pourquoi la communauté internationale ou la communauté européenne n’a jamais fait allusion aux milliers de Hutu morts depuis le début de l’attaque du 1er octobre 1990 jusqu’à la reprise des hostilités en avril 1994, plus de 600.000 personnes déplacées et qui ont vécu dans les tentes en plastique durant 2 ans, et on ne parle que des Tutsi tués!?

7) Dès lors, comment peut-on oser parler de la réconciliation Hutu-Tutsi, alors que les uns sont diabolisés et les autres sanctifiés? Peut-il y avoir entente entre Anges et Diables?

Comment a-t-on pensé à instaurer un Tribunal international pour les Hutu agressés et accusés d’avoir constitué une défense civile et non des Tutsi qui ont agressé?

Un mot pour la Communauté Européenne

Messieurs, depuis que les pays africains ont accédé à leur indépendance, la communauté européenne n’a cessé d’apporter l’aide au développement de ces pays: les infrastructures économiques, les écoles secondaires et supérieures, les bourses d’études dans les pays d’Europe, payer les professeurs d’Universités africaines, tout cela a coûté très cher aux pays de la communauté. Et avec le bras gauche, ces mêmes pays donnent des armes et munitions pour détruire toutes ces infrastructures et les vies humaines! Tous les diplômés d’universités sont ici dans les pays d’Europe, d’autres sont morts. Comment peut-on encore penser au développement économique et scientifique en Afrique du moment que certaines têtes de production sont coupées et d’autres sont réduites à l’inactivité? Et ces réfugiés sont ici pour toucher des aides sociales, juste pour ne pas mourir de faim et juste pour ne pas sortir de la mendicité.

Messieur, avez-vous pensé à vos populations qui, un jour ou l’autre vous poseront la question de savoir comment vous avez géré leur argent? Car il s’agit de l’argent des peuples que vous dépensez pour contruire et détruire! Avez-vous pensé un seul instant à vos compatriotes qui sont allé investir dans ces pays d’Afrique et à qui, un moment donné, on dit de plier bagages et quitter le pays pour leur sécurité, abandonnant tout et rentrent mains vides! Eux aussi vous poseront la question. Vous répondrez sans doute que les africains sont des fous! Ils sont fous en effet, car ils acceptent les armes pour se détruire.

J’ai eu dernièrement un entretien avec un européen qui me disait que pour l’Occident, l’époque de l’Afrique chérie est dépassée, qu’il faut regarder maintenant du côté de l’Asie qui ne demande pas de l’aide au développement, fait plutôt appel aux investisseurs Occidentaux! Ce serait fort regrettable de voir l’Occident après avoir tiré le maximum de profit en Afrique, abandonner celle-ci aux mains des Américains qui, on le sait bien, n’ont jamais voulu entrer dans une maison sans effraction et dont le règne n’arrive jamais pacifiquement!

Honorables, l’Afrique a toujours besoin de vous, vous la connaissez assez bien et elle vous connaît aussi. Même si la colonisation aurait été une fatalité, mais elle n’a pas fait que de mal. Malgré les défauts des uns et des autres, il y a une amitié qui s’est tissée entre l’Afrique et l’Europe.

Il serait encore plus intéressant pour les deux continents d’avoir une Afrique cliente, non pas pour les armes, mais plutôt pour les avions et les télévisions, par exemple!

Un mot seulement pour les africains

Lors de mon intervention au mois d’octobre à l’Université de Louvain La Neuve, j’ai demandé aux africains d’être calmes! de s’abstenir à la guerre; que la guerre est une réponse négative. Etre calmes pour réfléchir, pour demander à l’INTELLIGENCE de leur apporter une bonne solution pour la paix, que l’intelligence répondra sans trop tarder.

En effet, l’intelligence donne des réponses satisfaisantes dans tous les domaines! Regardez bien les maisons modernes que vous habitez, les moyens de transport et de communication ultra modernes, le progrès dans la médecine! J’en passe; tout ça est la réponse que l’Intelligence nous donne. La même Intelligence est capable de nous donner la meilleur réponse pour la paix la plus durable. Ces bailleurs de guerre qui jadis s’appelait les bailleurs de fonds, ont abandonné chez eux la guerre comme réponse à la paix. Le jour où vous serez capables de dire NON à la guerre, ni l’Occident ni l’Amérique, personne ne viendra vous imposer la guerre, car vous aurez acquis une force de l’Intelligence qui sera supérieure à la bombe atomique.

Je vous remercie.

Theo

Est-ce que le MDPR ( parti dissout en l'an 2013), aura joue un role, si minime qu'il soit, dans la comprehension du probleme rwandais et dans l'avancement pour la recherche des solutions? C'est a chacun de juger. De toutes facons, notre action n'aura pas tout a fait passe inapercu! Sans politique ou en politique, nous continuerons a lutter pour la liberte, la verite et la reconciliation, ainsi que pour l'instauration d'un etat de droit au Rwanda. Selon Sylmpedia: "Mouvement Démocratique du Peuple pour la Réconciliation (MDPR- INTIGANDA) Drapeau du MDPR Fondé le 13 Décembre 2009 par l’Abbé Théophile Murengerantwari. Ancien "titulaire" de l’Evêché de Cyangugu, exilé en Allemagne ou il a basé son mouvement issu d’une scission avec le RMC. Il soutient le retour du Roi Kigeri V et un nouveau référendum sur la question de la restauration de la monarchie. Il s’est prononcé en faveur la candidate Victoire Ingabire Umuhoza, leader du Front Démocratique Unifié (actuellement mise en résidence surveillée pour tentative de déstabilisation du pays et négation du génocide depuis Avril 2010) qui n’a pu participer à l’élection pluraliste du 9 Août 2010. Très actif, le MDPR émet régulièrement des communiqués sur son site et participe à des manifestations contre le gouvernement rwandais du Président Kagamé." http://www.sylmpedia.fr/index.php/Parti_royaliste_Rwandais

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