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Le Rwandais a une courte mémoire!

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Le Rwandais a une courte mémoire!

Le Rwandais a une courte mémoire! dans Culture RTEmagicC_gusya_kaga.jpg (Caricature tirée du site musabyimana.be)

 « L’autre » qui me gêne!

On a beau instituer les journées annuelles de mémoire collective, que ce soit la mémoire des morts (« les miens »),  que ce soit la libération (« la mienne »), le Rwandais sera toujours caractérisé par une mémoire courte. Le Rwandais a toujours voulu léguer à sa descendance ses propres souvenirs, ses succès et ses déboires, mais la mémoire du Rwandais restera toujours courte. Cette constatation se justifie du fait qu’un élément maléfique de nos traditions et qui consiste à vouloir toujours exclure l’autre, écarter le voisin de son milieu de vie, nous poursuit jusqu’ici. Les noms donnés aux enfants ont toujours exprimé la suspicion qu’on nourrit tout le temps à l’égard du voisin (Simbashiramakenga ni umwana w’umunyarwanda). L’image qui reste est toujours celle d’une petite maison isolée sur la colline, entourée d’une clôture fortifiée des plantes résistantes et aussi souvent des plantes épineuses. Le Rwandais a toujours su qu’il vit dans un milieu hostile, où le succès de l’un crée toujours la haine chez l’autre. Pour la protection personnelle, le Rwandais est prêt à tout pour se défendre contre l’hostilité de l’autre. Il parait que la loi du talion était pratiquée dans les traditions, d’où l’existence des gacaca, où les anciens essayaient d’organiser une vengeance harmonisée, en vue d’aboutir à une conciliation. Mais les gacaca étaient souvent organisés au sein d’une même famille élargie, où les gens pouvaient s’entendre facilement. Pourtant, le fait est que « les autres » ont été toujours considérés comme l’enfer dans les traditions.

 

Aujourd’hui, le Rwandais n’a pas toujours renoncé à cette coutume de toujours regarder en l’autre un danger potentiel. Le problème n’allait pas être de taille, si les structures politiques n’étaient pas organisées selon cette coutume. Le « Ondoa vumbi« , écarter cette sale populace, sera un des mots d’ordre qui constitue la base de la politique du pays. Ainsi toutes les structures sensibles comme la justice, l’économie, l’administration, seront chaque fois planifiées de manière à écarter l’autre dans la mesure du possible. Et quand il s’agit du domaine politique, l’autre sera bien entendu « l’autre ethnie »!

 

Pourquoi parlai-je, en fait, de la mémoire courte? Parce que le Rwandais qui parvient à se tirer d’affaires d’une situation où il vivait misérablement en raison d’exclusion, il veut toujours se comporter en parvenu. Les Rwandais ont l’habitude de considérer ce comportement exécrable de « Kuba inkirabuheri« . En quelque sorte, il est considéré comme parvenu, le type d’homme qui, profitant de la bienveillance du destin après une longue période de misère,  oublie très vite d’où il vient. Il commence à regarder « les autres » au bout du nez, en les dédaignant, en les persécutant. Le parvenu, l’homme à courte mémoire, pratique l’injustice par goût de nuire tout court. Il veut se venger sur la société, quand bien même les contemporains n’y soient pour rien pour ses malheurs passés.

 

La personne à la mémoire courte, l’ »Inkirabuheri« , prouve par son comportement indigne qu’il n’a pas mérité la normalité de la vie qu’il vient d’acquérir par le coup du destin. Ses airs hautains suffisent pour dégoûter les voisins, qui ne font qu’attendre sa chute inévitable pour se moquer de lui. C’est ainsi que le Rwandais n’a pas su toujours maintenir la chance qui s’offre à lui. La politique des parvenus, voici ce qui caractérise le Rwanda depuis des siècles. Les gens à la mémoire courte, qui conçoivent l’autorité comme une sorte de vassalité, où le mérite n’est pas le critère d’accès à la gestion de la chose publique, où un criminel est admiré et loué en raison des ses actions d’éclat dans la science de maintenir « l’autre » dans la posture d’infériorité. Voilà une joie délirante pour un Rwandais qui chante, danse et se réjouit parce qu’il su fouler l’autre sous ses pieds.

 

Pourquoi refuser à l’autre la chance?

 

La coutume qui consiste à toujours chercher à nier à l’autre ses droits devait changer dans les meilleurs délais. Et ce changement ne serait possible que s’il s’implante dans les structures étatiques. La culture des privilégiés et des tiers états devrait cesser, surtout à cette époque où nous nous disons que nous aspirons à la modernité. Créer des conditions de vie modernes sans faire recours à la culture de rationalité serait un objectif vain. Aussi longtemps que des traditions condamnables auront leur influence dans la vie nationale, la subjectivité dominera sur les décisions à prendre, et il y aura toujours la majorité des citoyens qu se sentira lésée, et une petite minorité qui s’approprie de toutes les richesses du pays.

 

Le Rwanda d’avant l’indépendance a connu un système de privilèges qui écarte la majorité de la population de toute la gestion de la chose publique. Le petit citoyen s’est senti depuis des siècles comme un être de seconde zone. L’homme a toujours voulu, suite à cette culture, se recroqueviller dans sa petite hutte sur la colline et qu’il entourait d’un enclos. Etre citoyen de seconde zone aurait été vu comme une fatalité.

 

Les années des indépendances créèrent une autre réalité. L’homme jadis déconsidéré a finalement remarqué que sa destinée n’était pas d’être un citoyen de seconde zone. Il a découvert ses capacités. Il pouvait surtout assumer des responsabilités, chose impensable bien avant, étant donné qu’il y avait ceux qui étaient nés pour commander et d’autres pour servir. Le Rwandais commençait à sortir des cases et des enclos fortifiés pour s’approcher des voisins et entreprendre ensemble l’avenir. Un climat de confiance entre voisins commençait à aller bon train. Le soleil commençait à briller finalement et chauffer les coeurs et les relations. Pour la première fois, le petit Rwandais entre en contact avec le monde civilisé, il est considéré par les autres, il se sent utile dans la communauté des nations. L’énergie vitale est débordant, et ce n’est pas un miracle, l’ancien esclave se retrouve respecté par les autres.

 

Cependant les fausses traditions ne sont pas disparues pour autant, puisque les mauvaises langues commencent à circuler. Est -ce réellement l’ancien Rwandais, l’ancien esclave? Est-il possible que ces gens-là puissent réaliser ce que les hommes « normaux » réalisent. Et pourtant, ils étaient des esclaves nés! Comment la vie chez ces gens-là puisse se transformer? Non, il doit se cacher quelque chose là derrière. Ce doit êtres les blancs ou les gens d’Eglise qui font le tout à leur place! Ah! Le Rwandais croit difficilement au succès possible de l’autre, surtout quand cet autre fut toujours objet dérision. Voilà ce qui suffit pour décourager les bonnes initiatives. Déprécier l’autre, jusqu’à ne voir en lui qu’un éternel être inférieur.

 

N’a-t-on pas assisté aux campagnes de diabolisation, qui prétendaient que l’état du Rwanda est le plus pourri qui puisse exister au monde? Une façon de considérer l’autre comme un incapable. Le monde entier devait apprendre par des campagnes médiatiques pleines de mensonges que certains Rwandais n’étaient pas à mesure de diriger un pays et le construire. La communauté internationale s’est détournée du pays, personne ne voulut rien savoir de certains Rwandais: Ces esclaves, nés pour servir, des criminels rongés par la corruption…! Et maintenant? Les crimes sont disparus? Les injustices? Les divisions? La haine? Et l’égalité des chances alors! Non, On veut tout simplement construire une nation des parvenus, et croire ainsi construire le pays!

 

Des trouble-fêtes.

 

On pourrait terminer en disant que le Rwanda fut victime des trouble-fêtes. Des individus qui ne peuvent pas croire que quelque chose de bien puisse venir aussi de « l’autre ». Maintenant qu’une bonne partie du peuple Rwandais a du fuir le pays, les nouvelles autorités ont-elles pu créer l’ordre et la tranquillité? Non, évidemment, sauf l’ordre de façade. Et puis maintenant que les Rwandais vivent dans des pays étrangers, leur situation d’esclaves nés, des criminels ou des gens corrompus peut être prouvée? Non évidemment, le tout était une machination mensongère. Alors, le trouble-fête c’est qui? C’est tout parvenu qui veut toujours considérer l’autre comme quelqu’un qui serait né avec l’incapacité de participation à la gestion de la chose publique.

 

Théophile

 

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