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Les anciennes préfectures Ruhengeri-Gisenyi vont-elles être vidées de leurs habitants? (Editions Sources du Nil)

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Les anciennes préfectures Ruhengeri-Gisenyi vont-elles être vidées de leurs habitants?

Billet d’humeur d’Eugène Shimamungu (Newsletter n°5)

  J’ai longtemps cru à une blague lorsque un voisin membre-fondateur du FPR (résident en France à l’heure actuelle) m’a raconté en 1989 que les habitants des préfectures Ruhengeri-Gisenyi, à cause de leur acrimonie envers le FPR, seront massacrés entièrement et que les deux préfectures serviraient de pâturages « urwuuri » aux troupeaux des Tutsi ! Il m’a toujours répété cela chaque fois que de besoin au détour d’une conversation. Ceci n’ayant pas été fait voici déjà plus de 15 ans, j’ai cru à un fantasme qui n’allait jamais se réaliser.

 

Et quelle surprise, lorsque cette semaine j’ai lu une dépêche de l’Agence Rwandaise d’Information (ARI/RNA) datée du 22 juin 2009, faisant état d’un programme d’élargissement du parc national des volcans et à 15% du territoire national, de l’espace dédié « à la biodiversité et aux forêts à des fins de contrer la forte déforestation trop galopante ces dernières années ». Cette déclaration a été faite par la Ministre Monique Nsanzabaganwa à l’occasion du très folklorique Les anciennes préfectures Ruhengeri-Gisenyi vont-elles être vidées de leurs habitants? (Editions Sources du Nil) dans Actualités gorille-de-montagne « baptême » de 18 gorilles de montagne, très prisés des touristes étrangers pour lequel le Premier Ministre s’était déplacé (au premier baptême, c’était le chef de l’état Paul Kagame lui-même) au point que la considération envers ces animaux fait oublier la misère dans laquelle croupissent les humains qui habitent aux alentours de ces volcans. Un caprice de racistes, une fois de plus, dont certains doivent penser que les Noirs et en particuliers les Hutus, sont de très proches cousins des gorilles. Et que ceux-ci méritent plus de considérations !

  Les massacres massifs de population opérés par le FPR depuis les années 1990 n’ont pas réussi à faire disparaître la population de Gisenyi-Ruhengeri, région agricole fertile qui est le poumon national au niveau de l’alimentation. Les habitants de cette région avaient pris, par le passé, l’habitude de diversifier leurs cultures de sorte à être autosuffisants au niveau de l’alimentation. Les pouvoirs publics les obligent actuellement à faire de la monoculture, comme dans les grands espaces américains, alors que la superficie du Rwanda (26.338km2) n’autorise pas ce type de politique agricole. La résistance à cette politique constitue aussi l’un des éléments qui justifient l’élimination de cette population. Et pour ce faire, le pouvoir de Kigali entend utiliser les gros moyens, avec l’assentiment de la communauté internationale pour la protection de l’environnement. Il pourra ainsi nettoyer de cette région, sans que l’opinion internationale lève le petit doigt, la population autochtone pour implanter des latifundias gérés par des individus fidèles au régime. Car il faut bien le dire, les gorilles de montagne ne vivent que dans les forêts sur le flanc des volcans. A moins de multiplier les volcans, on ne peut autrement élargir le parc des gorilles, parce que ceux-ci se délectent des forêts luxuriantes produites par la lave volcanique. Là où cette forêt n’existe pas, les gorilles auront du mal à s’adapter.

Le comble c’est que tout ceci se fait dans l’hypocrisie la plus totale. On ne parle pas des destructions, par le FPR, à la fois des populations et de l’environnement (la population des gorilles) qui ont eu lieu dans les préfectures du Nord : Byumba-Ruhengeri-Gisenyi. Déjà pendant la guerre 1990-1994, le FPR avait détruit les infrastructures (centrale hydro-électrique) sur le Lac Burera-Ruhondo, ce qui avait produit l’assèchement non seulement des deux Lacs mais aussi du marais de Rugezi qui les alimente. Dès la prise du pouvoir par le FPR en juillet 1994, les nouveaux arrivants ont pris d’assaut les forêts et les parcs nationaux pour y implanter des populations venues de l’étranger dont la plupart n’étaient même pas d’origine rwandaise (même si quelques uns parlaient kinyarwanda comme les Banyamulenge). Ainsi le parc National Akagera a été amputé d’un tiers de sa superficie, la forêt de Gishwati, prolongement dans le Nord de la forêt de Nyungwe, a été détruite à 99%. De sorte que la NASA a dû lancer un cri d’alarme en 2001, contre la déforestation de cette partie vitale non seulement pour le Rwanda mais aussi pour la région des Grands Lacs. Jusque là,  les autorités de Kigali n’avaient pas réagi, car elles accusaient le régime Habyarimana d’avoir cherché à protéger les forêts et les parcs nationaux, prétexte bien trouvé pour ne pas accepter plus de populations, notamment les réfugiés qui vivaient en dehors du Rwanda.

gishwati-forest dans Actualités

Forêt de Gishwati: Photo du satellite Landsat 5 de la Nasa: à gauche, image du 19 juillet 1986; à droite photo du satellite de la NASA Landsat 7 prise le 11 décembre 2001. Les zones boisées sont en vert foncé: on constate qu’en 2001, il n’y a plus de zones boisées.

  C’est huit ans plus tard après le cri d’alarme de la NASA que le pouvoir Kigali veut réagir. Mais ceci, on le sait c’est non seulement la pression internationale qui a agi une fois de plus, pour que le Rwanda ne devienne un désert à court terme, mais aussi la manne financière rapportée par le tourisme dans les volcans. Au lieu de chercher à reboiser la forêt de Nyungwe, car elle aussi a été détruite en partie, ou celle de Gishwati, c’est la région de Gisenyi-Ruhengeri qui va sans doute faire les frais de cette politique insensée du régime de Kigali. Ainsi le Premier Ministre redécouvre les bienfaits de la protection de l’environnement ! Il a oublié que la politique du Président Habyarimana en matière de protection de l’environnement était exemplaire notamment en instaurant une journée annuelle de l’arbre où chaque citoyen rwandais était invité à planter au moins un jeune pousse. N’avait-il pas déclaré en 1984 lors du cinquantenaire du Parc National de l’Akagera :

Dans un monde dominé de plus en plus par les techniques qui exploitent la nature, nous devons participer intensément à la bataille pour la protection de l’environnement, non seulement dans l’intérêt de  notre pays mais aussi pour préserver un patrimoine qui appartient à toute l’humanité. (…)

Haby Nous essayons de maintenir les équilibres que nous estimons vitaux – équilibre entre la poussée démographique et l’approvisionnement en nourriture, équilibre socio-écologique, équilibre culturel. Nous sommes handicapés par l’accroissement de notre population, l’épuisement de nos terres arables et les modestes dimensions de notre territoire. Face à ces défis du développement, nous risquons d’être tentés de nous tourner vers des solutions de facilité qui ne prendraient pas en compte les problèmes écologiques. (…)

L’ouverture du parc national de l’Akagera pourrait permettre de faire face au problème de la surface cultivable disponible. Mais à mon avis, si le gouvernement se montrait assez irresponsable pour envisager une telle solution, le Rwanda devrait rapidement rendre des comptes pour avoir sacrifié un actif vital contre des avantages incertains. En raison de leur fragilité, les équilibres naturels dans cette région seraient rapidement modifiés par un afflux humain massif. Les conséquences seraient incalculables et sans doute désastreuses.



Que le gouvernement actuel soit converti actuellement, quels que soient les motifs, aux bienfaits de la protection de l’environnement, c’est de bonne guerre ! Mais il faut commencer par le reboisement des espaces forestiers détruits et éviter tout nettoyage de population qui s’assimilerait à un nettoyage ethnique.

 

Eugène Shimamungu
www.editions-sources-du-nil.fr

Theo

Est-ce que le MDPR ( parti dissout en l'an 2013), aura joue un role, si minime qu'il soit, dans la comprehension du probleme rwandais et dans l'avancement pour la recherche des solutions? C'est a chacun de juger. De toutes facons, notre action n'aura pas tout a fait passe inapercu! Sans politique ou en politique, nous continuerons a lutter pour la liberte, la verite et la reconciliation, ainsi que pour l'instauration d'un etat de droit au Rwanda. Selon Sylmpedia: "Mouvement Démocratique du Peuple pour la Réconciliation (MDPR- INTIGANDA) Drapeau du MDPR Fondé le 13 Décembre 2009 par l’Abbé Théophile Murengerantwari. Ancien "titulaire" de l’Evêché de Cyangugu, exilé en Allemagne ou il a basé son mouvement issu d’une scission avec le RMC. Il soutient le retour du Roi Kigeri V et un nouveau référendum sur la question de la restauration de la monarchie. Il s’est prononcé en faveur la candidate Victoire Ingabire Umuhoza, leader du Front Démocratique Unifié (actuellement mise en résidence surveillée pour tentative de déstabilisation du pays et négation du génocide depuis Avril 2010) qui n’a pu participer à l’élection pluraliste du 9 Août 2010. Très actif, le MDPR émet régulièrement des communiqués sur son site et participe à des manifestations contre le gouvernement rwandais du Président Kagamé." http://www.sylmpedia.fr/index.php/Parti_royaliste_Rwandais

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