Accueil Société Religion La voie de la réconciliation, par Laurien Ntezimana

La voie de la réconciliation, par Laurien Ntezimana

0
0
49

Cette analyse de monsieur Laurien Ntezimana a été postée par Vincent Ndacyayisenga, en annexe à un de ses commentaires. J’aimerais le reposter sous une forme directe, afin que chacun de nous puisse y accéder et que ce soit éventuellement un sujet d’échanges.

Joseph

La voie de la réconciliation

Se réconcilier. Voici d’abord une définition opérationnelle de ce concept. Elle est inspirée de celle du Petit Larousse (1998), avec des précisions originales tirées de mon expérience : se réconcilier, c’est entreprendre un travail sur soi qui consiste à faire cesser en soi-même le désaccord qui existait avec qui (quoi) que ce soit.

Une personne réconciliée, c’est celle qui vit l’accord avec toute chose et tout le monde, qui vit en harmonie avec le tout. D’où il appert que le travail de réconciliation est analogue au rapprochement d’une courbe et de son asymptote : on ne l’atteint jamais tout en s’en rapprochant à l’infini.

« Vivre en harmonie avec le tout » : telle est la droite asymptote de « la courbe réconciliation ». Je propose de considérer ce « tout » sous trois aspects : le ciel, la terre et les hommes.

1. Se réconcilier avec le ciel

J’évoque ici l’essence de toute religion, cette réconciliation primordiale avec ce qui donne vie à toute chose. Mais je ne veux pas de guerre de religion. Aussi m’efforcerai- je de tenir un discours qui n’exclut ni la nomination ni la non-nomination de Dieu.

La réconciliation avec le ciel, c’est la réconciliation- mère de toutes les autres. Elle naît du travail dans la verticalité [1] qui consiste à traverser, en une série de transformations, plusieurs niveaux de conscience vers ce qu’Olivier Clouzot appelle le niveau transpersonnel, niveau où l’être humain a réalisé son Soi et où il vit désormais au service de la réalisation de tous. A ce niveau transpersonnel, la personne voit la perfection de chaque instant, et vit donc l’harmonie avec le tout.

2. Se réconcilier avec la terre

Il s’agit ici d’apprendre le « bon usage » des choses de la terre. C’est l’apprentissage des lois de la vie bonne, par la maîtrise des quatre puissances qui font tout le goût de cette vie incarnée, à savoir : l’avoir, le pouvoir, le savoir et le valoir. Ces quatre « puissances » sont indispensables à la vie de l’être humain qui, sans elles, mourrait soit de faim (avoir), soit d’oppression (pouvoir), soit d’ignorance (savoir), soit de mépris (valoir). Cependant comme toute énergie, chacune d’elles recèle un courant impétueux, susceptible d’« électrocuter » l’imprudent qui la manipulerait sans les précautions nécessaires :

Amasser est le courant impétueux qu’on trouve dans l’avoir. Il a pour symbole le compte en banque.
Opprimer est le courant violent qui se rencontre du côté du pouvoir. Il a pour emblème le fusil.
Pré-juger est le courant impétueux que recèle le savoir. La conception du diplôme comme fétiche en est le signe.
Quant au valoir, il porte en son cœur le renom comme tourbillon. Les décorations en sont le signifiant.

Le compte en banque, le fusil, le diplôme et le renom portent en eux une puissance fantastique qui explique toute la séduction qu’ils exercent sur nous. Mais c’est pourtant une fausse puissance (voilà une pilule bien difficile à avaler !). Elle est fausse d’abord en ce qu’elle ment, faisant croire à son détenteur qu’elle peut lui servir d’assurance au jour mauvais, alors qu’en réalité, lui étant extérieure, elle ne peut que lui faire faux bond au moment décisif, qui est toujours d’ordre intérieur. Elle est fausse ensuite en ce qu’elle est généralement fruit du mensonge et du meurtre, dont elle devient à son tour la semence par une logique interne contraignante.

Quand nous parlons de « maîtrise », il s’agit très exactement de développer – par un travail sur le corps (avoir), le cœur (pouvoir), l’intelligence (savoir) et l’esprit (valoir) -, la puissance de vivre heureux, de peu. Cette puissance, qui est d’ordre intérieur et donc toujours à disposition pour qui la cultive intelligemment et constamment, nous l’appelons bonne puissance.

Maîtriser l’avoir, c’est cultiver la sobriété, en apprenant à respecter les rythmes fondamentaux du corps que sont la respiration (rythme inspir-expir) , l’alimentation (rythme incorporation-é limination) et la tension juste (rythme travail-repos) .

Maîtriser le pouvoir, c’est cultiver la bienveillance, en apprenant à toujours commencer par le respect de la vie et de la parole d’autrui, un respect qui accorde au tout-venant le don premier : un espace où s’exprimer librement. Ce don suppose, chez le donateur, un travail constant sur son propre cœur pour maîtriser et transformer en force de vivre les émotions négatives appelées « rongeuses d’énergie psychique ».

Maîtriser le savoir, c’est s’astreindre à la vérification par expérience propre. Cela suppose l’acquisition de la capacité de mettre entre parenthèses ses « pré-jugés » pour une écoute à chaque fois la plus neuve possible.

Maîtriser le valoir, c’est se transformer au quotidien pour vivre transparent à son « être essentiel » (K.G.Dürckheim) , en refusant de vivre « pour la galerie », mais uniquement pour la réalisation du Soi (voir la réconciliation avec le ciel.)

En définitive, la réconciliation avec la terre consiste à s’arracher sans ménagement au mirage meurtrier de la fausse puissance pour investir avec prodigalité dans le développement de la bonne puissance, retrouvant ainsi le bon usage du monde et de la vie.

3. Se réconcilier avec les hommes

Rappelons d’abord que, dans notre définition opérationnelle, la réconciliation est un « travail sur soi ». Il s’agit donc de trouver dans l’histoire, et suprêmement dans les relations humaines, des occasions de se transformer vers son être véritable. Dans cette logique, l’offense devient une invitation à croître vers soi, à devenir un peu plus soi-même, une incitation au travail dans la verticalité. En ce sens, toute offense est une aubaine, car elle mène à reprendre à neuf les quatre pas qui conduisent à la fécondité dans les relations humaines.

Premier pas : distinguer le « mal » du « malfaiteur » [2]. Ce qui fait « mal », ce n’est pas ce qui m’arrive, mais ma réaction à ce qui arrive. L’autre n’est donc pas, à proprement parler, un malfaiteur : dans sa logique d’ailleurs, il ne fait jamais que le bien ! Je prends donc acte de sa définition (ce que chacun pense, dit et fait le définit momentanément, car il peut changer à tout instant), et je tâche de l’intégrer dans la mienne. Il me pro-voque (m’appelle en avant) vers un plus grand moi-même.

Deuxième pas : passer outre l’acte « injuste ». C’est ne pas retenir contre l’autre ce que je qualifie comme ses fautes. Il s’agit ici de ne pas me laisser aigrir par ce que je considère dans ma logique comme l’injustice de l’autre. Résister à l’aigreur me permet de ne pas rendre coup pour coup. J’arrête ainsi assez tôt la spirale malheureuse du « toujours plus de la même chose ». Rendre coup pour coup, c’est refuser la possibilité de croître grâce à l’injustice subie. Et comme c’est mon niveau de croissance intérieure qui, pour une part, détermine ce qui m’arrive et ma manière d’y réagir, quand je refuse de croître au contact de ce que je n’aime pas (en en rejetant la responsabilité sur autrui), je continue à attirer la même chose ! C’est cela la spirale du « toujours plus de la même chose », d’où l’on ne sort qu’en passant outre l’acte injuste pour poursuivre son chemin de croissance.

Troisième pas : payer la facture de ce que je n’ai pourtant pas cassé. C’est ici l’étape de la maturité : le refus d’en rajouter à ce que l’autre doit payer pour ses casses. Car dans la vie, qui casse paie : il y a des lois et des conséquences logiques à leur non-respect. Au lieu donc d’en rajouter, j’entre en solidarité avec « le malfaiteur » et je l’aide à « payer », affirmant ainsi mon unité avec lui : l’unité du genre humain. C’est ce que fait le Christ en Croix, et c’est le signe de la maturité humaine de l’homme.

Quatrième pas : éveiller les autres à la dimension verticale de la vie. C’est ici l’étape de la fécondité, qui consiste à engendrer les hommes à l’humain. Cela n’est possible que quand on ne voit plus en eux des malfaiteurs à faire payer, mais des êtres merveilleux qui semblent avoir oublié qui ils sont vraiment et qu’il faut d’urgence rendre à eux-mêmes. Les rendre à eux-mêmes, c’est les éveiller à leur véritable grandeur d’enfants nés de l’Amour inconditionnel pour lui donner figure humaine.

Le chemin de la réconciliation s’achève ainsi par où il a commencé : se réconcilier avec le ciel et, chemin faisant, inviter qui le veut à en faire autant. Le maître en ce chemin n’est pas celui qui fait beaucoup de disciples, mais celui qui, par son être, son dire et son agir, engendre beaucoup de maîtres qui prennent sur eux d’aller leur propre chemin.

Laurien Ntezimana

Notes:
[1] Lire Olivier CLOUZOT, Eveil et verticalité. Essai sur la transcendance et sur le chemin de transformation qui y conduit, Ed. de l’Organisation.

[2] Je mets « mal » et « malfaiteur » entre guillemets, car ils ne le sont que dans ma logique. En ce sens, il y a autant de « maux » que de logiques, c’est-à-dire d’individus. Ce qui invite à dépasser le stade du jugement de valeur, comme le conseille du reste l’Evangile de Jésus-Christ.

Est-ce que le MDPR ( parti dissout en l'an 2013), aura joue un role, si minime qu'il soit, dans la comprehension du probleme rwandais et dans l'avancement pour la recherche des solutions? C'est a chacun de juger. De toutes facons, notre action n'aura pas tout a fait passe inapercu! Sans politique ou en politique, nous continuerons a lutter pour la liberte, la verite et la reconciliation, ainsi que pour l'instauration d'un etat de droit au Rwanda. Selon Sylmpedia: "Mouvement Démocratique du Peuple pour la Réconciliation (MDPR- INTIGANDA) Drapeau du MDPR Fondé le 13 Décembre 2009 par l’Abbé Théophile Murengerantwari. Ancien "titulaire" de l’Evêché de Cyangugu, exilé en Allemagne ou il a basé son mouvement issu d’une scission avec le RMC. Il soutient le retour du Roi Kigeri V et un nouveau référendum sur la question de la restauration de la monarchie. Il s’est prononcé en faveur la candidate Victoire Ingabire Umuhoza, leader du Front Démocratique Unifié (actuellement mise en résidence surveillée pour tentative de déstabilisation du pays et négation du génocide depuis Avril 2010) qui n’a pu participer à l’élection pluraliste du 9 Août 2010. Très actif, le MDPR émet régulièrement des communiqués sur son site et participe à des manifestations contre le gouvernement rwandais du Président Kagamé." http://www.sylmpedia.fr/index.php/Parti_royaliste_Rwandais

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par Theo
Charger d'autres écrits dans Religion

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Abayobozi ba Ishema Party bazasesekara ku kibuga cy’indege cy’i Kanombe ku wa mbere tariki ya 23 Mutarama 2017

  Itangazo rigenewe abanyamakuru: ICYO TWE TUGAMIJE NI « UKUNGA ABENEGIHUGU NGO DUFAT…