Accueil Société Carême 2009: Une occasion particulière d’autocritique pour l’Eglise du Rwanda.

Carême 2009: Une occasion particulière d’autocritique pour l’Eglise du Rwanda.

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Avec grand étonnement, beaucoup de chrétiens rwandais se sont toujours posés la question de savoir l’origine d’un acharnement plein de haine contre le regretté Monseigneur Perraudin et puis surtout des critiques acerbes contre une Église, héritière des idées novatrices en matière de cohabitation pacifique et de justice sociale émanent de l’ancien archevêque de Kabgayi. Un résumé du chapitre dans le livre de Pierre Erny « Rwanda 1994″, pourrait nous aider ce dimanche à y faire une réflexion et puis jeter un regard autocritique sur notre Église toujours menacée par les vents contraires.. ..

« (…) Devant (des) positions complètement déphasées par rapport à l’évolution de l’Afrique à la fin des années cinquante, ni l’Église, ni l’administration coloniale ne pouvaient continuer à soutenir le système tutsi. Les deux autorités étaient en plus fort indisposées par les voyages que certains représentants de la monarchie faisaient sur invitation des pays de l’Est. La porte était alors ouverte à la vraie révolution sociale en profondeur que l’Afrique noire ait probablement connue en ce siècle. Cela n’alla pas sans effusion de sang. Des dizaines de milliers de Tutsis, surtout de la haute aristocratie, durent quitter le pays pour un exil qu’ils n’accepteront jamais. Monseigneur Perraudin, archevêque de Kabgayi, d’origine suisse, devint une des cibles favorites des émigrés pour sa « trahison ». Il avait écrit une lettre pastorale en 1959, en apparence bien classique, mais immédiatement interprétée comme une déclaration de guerre à la féodalité et un appel à la révolution.

« La loi divine de la justice et de la charité sociale demande que les institutions d’un pays soient telles qu’elles assurent réellement à tous les habitants et à tous les groupes sociaux légitimes, les mêmes droits fondamentaux et les mêmes possibilités d’ascension humaine et de participation aux affaires publiques. Des institutions qui consacreraient un régime des privilèges, de favoritisme, de protectionnisme, soit pour des individus, soit pour des groupes sociaux, ne seraient pas conformes à la morale chrétienne. »

Il faut croire qu’en soixante ans de présence, tout un pan de « la morale chrétienne » n’avait jamais été révélé…Quelqu’ un a-t-il auparavant parlé de justice sociale et d’égalité des droits? Cela se serait su, car voilà un prêche que les Rwandais auraient certainement écouté avec la plus grande attention…

La République une fois instaurée, on assista à une restructuration d’ensemble qui touchait aussi l’Église. Le clergé en sa partie la plus représentative et influente était pour une large part tutsi. Dans ses rangs on pouvaient entendre dire: « Nous avons perdu l’Etat, mais ils nous reste l’Église ». L’enseignement  primaire fut nationalisé pour mieux le soustraire à l’influence cléricale. Les situations s’inversèrent: à présent que les fonctions dans le secteur public étaient ouvertes, il ne restaient souvent aux Tutsis, du fait du système du quotas d’admission, pas d’autre voie pur faire des études que le séminaire et la vie religieuse, avec ou sans vocation. D’ailleurs beaucoup de jeunes Hutus élevés dans les séminaires s’évaporaient en cours de route en direction des positions plus attrayantes. En 1990, sept évêques sur neuf étaient hutus, alors que les prêtres étaient à 70 % tutsis.(…)

L’Eglise héritée de la colonisation  belge, était une puissance considérable, temporelle et morale, détenant le controle de l’enseignement, assurant un encadrement efficace de la population, jouant sur le plan politique un role de premier ordre(en faveur de la majorité hutue après avoir joué pendant tant d’années en faveur de la majorité tutsie), capabler de mobiliser des ressources importantes en homme et en argent, ayant su créer des servies d’utilté générale qui allaioent de l’imprimerie aux ateliers les plus divers, habituée à prendre l’initiatives dans tous les domaines(… )

Déphasée par rapport au changements rapides de mentalité que l’on pouvait obesrver dans la population, elle n’exerçait plus le même attrait sur la jeunesse instruite qu’elle contunuait à encadrer grace à ses collèges, à ses séminaires et ses mouvements. Les étudiants mème croyants, et d’une manière très générale ceux qu’autrefois on appelait les évolués, ne se reconnaissaient plus guère dans l’image qu’elle leur donnait elle même, et alle avait perdu à leur yeux une grande partie de sa cédibilité(… ) Devant le pape, Christophe Mfizi a fait état de la desaffection vis-à-vis de l’Eglise de beaucoup de Rwandais dans un des rares discours à ne pas être purement formels, ce qui fait qu’il était écouté très attentivement:

« Les églises se vidaient peu à peu, surtout d’intellectuells; on ne nous y voyaient plus que pour des mariages, des funérailles, des premières communions et des confirmations de nos enfants, tout cela étant devenu des rites sociaux…L’ Eglise catholique du Rwanda devrait s’interroger pour voir si elle a réellement mis au service de tous les privilèges que lui confèrent son prestige social. »(… )

Au sein des communautés(religieu ses) il y avait automatiquement tendance à reconstituer des hiérarchies entre ceux ou celles « destinés » de toute eternité à commander et ceux ou celles « nés » pour servir. Le contexte global intérieur s’y repercutait aussi inévitablement. N’y ont échappé que les sociétés où le problème était clairement posé et ouvertement discuté.(…)

La visite du Pape(1990), qui permit à bien des infirtrés dans le pays, donna lieu aux manifestations habituelles de triomphalisme; mais on entendit aussi s’exprimer des positions d’une franchise inhabituelle en pareil circonstance, qu’il fallut bien de les interprêter comme des manifestations d’agressivité . Paradis des ONG, des couvents et des oeuvres d’Eglise, le Rwanda étouffait dans des structures cléricales omniprésentes et infantilisantes( ….)

Voici ce qu’écrit un missionnaire:
« L’Eglise était une puissance importante au Rwanda, mais aujoud’hui ellle est dans le collimateur du FPR comme dans celui des extrémistes hutu; à leur radio, un jour, ceux-ci ont dit: « Il faut tuer tous le personnel de l’Eglise: prêtres, missionnaires, religieux et religieueses, on va maintenmant repartir à zéro! » Quant au FPR, il reproche à l’Eglise d’avoir favorisé le parti des Hutus, de l’avoir aidé à prendre le pouvoir en 1959 et de l’avoir soutenu jusqu’ici. On peut remarquer que l’Eglise au Rwanda s’était engagé dans les mouvements pour les droits de l’homme et pour la non-violence. Et ce sont les militants de ces mouvements qui ont été éliminés les premiers au début des événements. Les extrémistes de deux bords s’en sont pris d’abord à tout ce qui est intellectuel, aux enseignants, aux religeux, aux fonctionnaires. « 

Quand en 1990 les tutsis du Front Patriotiuqe ont attaqué dans le nord, en sachant parfaitement que tot ou tard ils allaient ainsi déclencher un massacre général de leurs semblables restés au pays, le climat intéreuer se dégrada à vue d’oeil. Le Rwanda devenait méconnaissable. La psychose collective s’installait. Les escadrons de la mort se mirent en route. De nombreux prêtres tutsis furent l’experience de la prison(…). Le clergé était très divisé. Les uns étaient compromis par le régime en place. Les autres cachaient difficilement leur sympathie pour le FPR.(…)

Quand les massacres éclatèrent à grande echelle, les populations tutsies ont d’instinct cherché refuge dans les paroisses et les églises, comme elles l’avaient toujours fait précedemment. Autrefois le prestige du missionnaire ou la sacralité du sanctuaire suffisaient à les protéger. Mais cette fois aucun barrage n’était plus apte à retenir le flot. Plusieurs prêtres ont payé leur courage de leur vie. (Alors que d’autre ont participé dans les tueries(!)). Tout le monde a en tête les images de ces églises jonchées de cadavres.(.. .)

L’Eglise ayant longtemps joui d’une sorte de monopole en matière de puissance morale, mais aussi matérielle, elle n’a pas été à l’abri des opportunismes, et on comprendra facilement que dans les motivations, les attitudes et les sentiments le meilleur ait pu se meler au pire. L’anticléricalisme n’a que eu rarement l’occasion de s’exprimer publiqiement, mais il était bien présent. Le nombre des prêtres, de religieux et de religieuses qui ont péri est considérable( aux environns de trois cents).(…)

Le public d’Europe qui s’intéresse aux chrétientés africaines s’est souvent demandé où avait passé la ferveur religieuse de ce peuple, ravivée encore ces dernières années par les apparitions mariales de Kibeho qui ont eu un impact populaire considérable( au cours desquelles d’ailleurs les voyants ont fait mention d’épreuves terribles à venir). D’abord cette ferveur est toujours là, plus grande que jamais. Si éclipse il y eu, elle n’est sans doute qu’apparente, par manque d’information. Car de nombruex témoignages au sujet de la foi héroique des Hutus qui ont tout fait pour cacher et protéger leurs voisins tutsis au risque de leur propre vie commencent d’arriver. Des flores sactorum et des actes des martyrs sont en train de s’écrire.

Voici ce que dit dans une lettre un missionnaire revenu de Kigali: « Dieu sait si ces dernières années nous n’avons pas prié pour la paix! La prière des chrétiens était permanente. Alors pourquoi le pays a-t-il sombré? Il y a un mystère du mal avec lequel je ne suis pas au clair. »

Une carmélite refugiée en France ajoute: « Cela me blesse quand j’entends dire que l’évangelisation du Rwanda avait été mal faite, que notre christianisme n’était que de surface! Ce n’est pas vrai! Nos chrétiens étaient de vrais chrétiens, ils priaient beaucoup le chapelet les uns chez les autres, nos familles ont encoragé nos vocations, tout cela n’était pas une apparence. Mais qui aurait pu résister à ce vent de folie qui a balayé notre pays comme un typhon? C’était vraiment un vent diabolique. Tout le monde avait peur et on tuait de peur d’être tué. Et puis les gens étaient manipulés, on les incitaient à la haine. Tout était embrouillé, on ne savait plus rien. »(…)

Le père Balise Forrissier(. ..) délara au journaliste de l’ Actualité religieuse dans le monde(juillet.aout 1994) que le christianisme au Rwanda est resté un phénomène purement sociologique( !)(….): « L’Eglise catholique, trop triomphaliste, a privilégié le nombre et la visibilité au détriment de la qualité de ses membres ». Parlant du fait que les Tutsis y tenaient les rênes du pouvoir, il ajoutait: « Comment accepter qu’une minorité veuille dominer sur la majorité? »(.. .)

Le même numéro publie aussi une interview passionnante de Laurien Ntezimana (…). Hutu, il a pris journellement pris la défense d’amis tutsis: « L’Eglise n’a pa crevé l’abcès à temps. Elle n’a fait que gérer ce que les missionnaires avaient commencé. Elle continué à construire des batiments, mais elle ne s’est pas occupé de la formation de l’homme et de sa conscience(. …). Son discours était un discours vague et général, presque creux, loin de tout esprit prophétique(. ..). Les prêtres qui animent le catéchumenat sont eux même formés de manière inadaptée. Ils ne sont pas formés en profondeur et beaucoup sont déjà incapables de gérer les situations concrètes à partir de l’Evangile. Leur formation est essenteillement dogmatique. Ils connaissent les livres et les auteurs…dans notre Eglise, on avale beaucoup de pensées-pensées, mais on forme peu la pensée-pensante de chacun. Celui qui ne connaît que le prêt-à-penser ne sait plus à quel saint se vouer quand il se retrouuve dans une situation inédite(…) » .

Pour le père Hyacinthe Vulliez, « les tensions ethniques existaient au sein de l’Eglise, jusque dans le clergé et dans les ordres religieux. Une des graves responsabilité s de l’Eglise est d’avoir voulu et entretenu le silence sur ces problèmes au lieu de les exorciser en parlant ouvertement » (La Vie, 16 juin 1994).

Source: Pierre Erny, Rwanda 1994, l’Harmattan, Pari, 1995, pp120-130.

Theo

Est-ce que le MDPR ( parti dissout en l'an 2013), aura joue un role, si minime qu'il soit, dans la comprehension du probleme rwandais et dans l'avancement pour la recherche des solutions? C'est a chacun de juger. De toutes facons, notre action n'aura pas tout a fait passe inapercu! Sans politique ou en politique, nous continuerons a lutter pour la liberte, la verite et la reconciliation, ainsi que pour l'instauration d'un etat de droit au Rwanda. Selon Sylmpedia: "Mouvement Démocratique du Peuple pour la Réconciliation (MDPR- INTIGANDA) Drapeau du MDPR Fondé le 13 Décembre 2009 par l’Abbé Théophile Murengerantwari. Ancien "titulaire" de l’Evêché de Cyangugu, exilé en Allemagne ou il a basé son mouvement issu d’une scission avec le RMC. Il soutient le retour du Roi Kigeri V et un nouveau référendum sur la question de la restauration de la monarchie. Il s’est prononcé en faveur la candidate Victoire Ingabire Umuhoza, leader du Front Démocratique Unifié (actuellement mise en résidence surveillée pour tentative de déstabilisation du pays et négation du génocide depuis Avril 2010) qui n’a pu participer à l’élection pluraliste du 9 Août 2010. Très actif, le MDPR émet régulièrement des communiqués sur son site et participe à des manifestations contre le gouvernement rwandais du Président Kagamé." http://www.sylmpedia.fr/index.php/Parti_royaliste_Rwandais

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