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Assumer les responsabilités collectives (Dr. Joseph Ndahimana)

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La rude tâche d’assumer des responsabilité s collectives

Le débat initié depuis le 1er mars sur le forum « Imbonankubone » par l’Abbé Murengerantwari Théophile sur le rôle controversé de Monseigneur André Perraudin en particulier, et de l’Eglise catholique en général, dans l’histoire contemporaine du Rwanda, démontre à suffisance la rude tâche d’appréhender et d’assumer des responsabilité s collectives tout au long du chemin parcouru par notre société.

En cette période de carême, en effet, l’Abbé Murengerantwari dit s’être assigné la mission de prouver l’innocence de son regretté Supérieur hiérarchique dans la polémique qui, voici quarante ans, tente de faire de l’Evêque missionnaire pratiquement l’idéologue et le vrai auteur de la révolution hutu (sociale) de 1959. Ainsi, des échanges pratiquement bipolaires, entachés même de quelques excès de langage, pour ne pas dire des insultes, ont eu lieu, sans pouvoir tendre vers un consensus. Pour l’Abbé, son Supérieur n’a fait qu’accomplir sa mission évangélique de défendre les opprimés, alors que pour ses contradicteurs, Monseigneur Perraudin mériterait le qualificatif de « salaud »,…hutisant par excellence.

1. Quelques constantes se dégagent des échanges menés

Dans son message du 11 février 1959 à la communauté chrétienne, Monseigneur Perraudin a plaidé, à juste titre, en faveur de l’amélioration des conditions de vie et des droits du bas peuple. Nulle part il donne l’impression de favoriser un groupe ethnique au détriment d’un autre.

Ces précautions oratoires n’ont pas empêché l’entourage proche du pouvoir monarchique d’alors, dominé par des Tutsi, de percevoir le message de l’Evêque comme une menace, ou même une trahison. De plus, Monseigneur Perraudin n’a pas pu cacher son antipathie vis-à-vis de l’UNAR, le parti pro-monarchiste à dominante tutsi, auquel il reprochait essentiellement d’être indépendantiste et d’obédience communiste. De fait, la sympathie de l’Evêque s’orienta vers le parti hutu, le MDR, considéré comme plus domptable et favori du changement qui s’annonçait.

Le choix de Perraudin fut donc vécu par l’UNAR et l’institution monarchique comme une trahison de l’église catholique et de l’autorité belge de tutelle. D’autant que jusqu’à cette époque, la monarchie s’était convertie au catholicisme (Perraudin a baptisé le roi Kigeli V) et la collaboration entre le roi et le Gouverneur général, M.Harroy, n’avait pas montré de faille significative. Vraisemblablement, le ressentiment, encore présent dans la mémoire des victimes tutsi de la révolution de 1959 et de tous ceux qui leur sont proches, vis-à-vis de Monseigneur Perraudin, et, à travers lui, de l’église catholique, trouve ses motivations dans ce malentendu.

Est-ce que, pour autant, Monseigneur Perraudin a eu une responsabilité spéciale dans les événements qui, en 1959 et quelques années après, ont abouti à une révolution, des massacres, des incendies, des pillages et l’exil de familles entières de Tutsi ? A-t-il été, par la suite, instigateur, auteur ou complice direct ou lointain d’actes de haine à l’égard des membres de l’ethnie tutsi ?

A mon avis, non. En tout cas pas au-delà du rôle classique qui a été joué par des missionnaires aux côtés des autres colonisateurs, dans le but d’asseoir l’influence de la culture européenne et de contrôler le pouvoir politique, dans toutes les colonies. Le même rôle a été auparavant joué par Monseigneur Classe, réputé pour son idolâtrie à l’égard des Tutsi.
D’une façon générale, l’ou peut constater aisément que dans le Rwanda indépendant, chaque régime a eu ses hommes et femmes d’église. Et quand les régimes ont une connotation ethnique, les acteurs de l’église s’inscrivent massivement dans ce schéma.

2. Les intellectuels prisonniers du confusionnisme ethnique

Le débat portant sur l’analyse des différentes parts de responsabilité individuelles ou collectives se heurte constamment à l’incapacité de la plupart des intellectuels de sortir des visions imposées par les clivages ethniques. Ainsi, par exemple :

a. L’Abbé Murengerantwari ne semble pas prendre la mesure exacte des conséquence de la diabolisation de l’UNAR par Monseigneur Perraudin qui le traitait de « communiste ». A l’époque, en tout cas, cela signifiait quasiment l’ennemi à abattre.

b. Murengerantwari dénonce aisément les dérives ethnistes du régime FPR. Mais quand ses contradicteurs lui demandent ce qu’il en a été des régimes qui ont précédé celui du FPR, il réplique que cela ne servirait à rien de revenir sur des régimes qui ne sont plus. Pire encore, il évoque le « kalinga », symbole de la royauté, pour qualifier le régime FPR. Alors que ce dernier n’est à proprement parler pas monarchique. Dans cette amalgame, le « kalinga » semble désigner globalement tout pouvoir d’apparence tutsi !

c. Les contradicteurs de l’Abbé, en l’occurrence Messieurs Muzima et Ndacyayisenga, se doutent que derrière les attaques dirigées contre le régime FPR pourrait se cacher une certaine volonté d’absoudre les régimes hutu qui l’ont précédé, ou de nier le génocide des Tutsi.

d. Dans le même ordre d’idées, les termes « majorité », « démocratie », « changement » semblent évoquer chez la plupart des Tutsi des manœuvres qui viseraient à signer un chèque en blanc pour le retour d’un pouvoir hutu, avec tout ce que cela comporte comme souvenirs négatifs du passé récent.

3. En guise de conclusion

Beaucoup reste encore à faire pour créer une réelle confiance en vue d’un débat plus franc,…détendu et authentique. Dans pareil débat, il conviendrait de se libérer de fardeaux encombrants, notamment de sortir des sentiers battus imposés par les solidarités négatives, notamment ethniques.

A mon sens, afin d’obtenir la pleine légitimité et la crédibilité de la dénonciation des crimes commis par le FPR, les Hutu devraient fournir la garantie qu’ils ne taisent pas sciemment les crimes commis par les régimes qui ont précédé celui du FPR. De même, les Tutsi devraient cesser de compromettre la mémoire nationale du génocide des Tutsi par des comportements sectaires qui tentent depuis 15 ans de prouver éperdument qu’au Rwanda il existerait deux ethnies : celle des victimes (la leur) et celle des bourreaux (les autres).

Ndahimana Joseph, 16 mars 2009

Est-ce que le MDPR ( parti dissout en l'an 2013), aura joue un role, si minime qu'il soit, dans la comprehension du probleme rwandais et dans l'avancement pour la recherche des solutions? C'est a chacun de juger. De toutes facons, notre action n'aura pas tout a fait passe inapercu! Sans politique ou en politique, nous continuerons a lutter pour la liberte, la verite et la reconciliation, ainsi que pour l'instauration d'un etat de droit au Rwanda. Selon Sylmpedia: "Mouvement Démocratique du Peuple pour la Réconciliation (MDPR- INTIGANDA) Drapeau du MDPR Fondé le 13 Décembre 2009 par l’Abbé Théophile Murengerantwari. Ancien "titulaire" de l’Evêché de Cyangugu, exilé en Allemagne ou il a basé son mouvement issu d’une scission avec le RMC. Il soutient le retour du Roi Kigeri V et un nouveau référendum sur la question de la restauration de la monarchie. Il s’est prononcé en faveur la candidate Victoire Ingabire Umuhoza, leader du Front Démocratique Unifié (actuellement mise en résidence surveillée pour tentative de déstabilisation du pays et négation du génocide depuis Avril 2010) qui n’a pu participer à l’élection pluraliste du 9 Août 2010. Très actif, le MDPR émet régulièrement des communiqués sur son site et participe à des manifestations contre le gouvernement rwandais du Président Kagamé." http://www.sylmpedia.fr/index.php/Parti_royaliste_Rwandais

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